2023 · Levant

Des aérophones natoufiens imitaient le cri des rapaces

Une étude publiée en 2023 décrit sept petits instruments en os d’oiseaux découverts à Eynan-Mallaha. Des répliques expérimentales produisent des sons proches de ceux de rapaces locaux.

Sept objets longtemps difficiles à reconnaître

Eynan-Mallaha, dans le nord d’Israël actuel, est un site majeur de la culture natoufienne. Les objets étudiés proviennent de niveaux datés d’environ 12 000 ans et avaient été façonnés dans des os d’ailes de petits oiseaux.

Leur petite taille, leurs perforations régulières et les traces d’usage ont conduit l’équipe à proposer une fonction sonore. Certains objets sont complets, d’autres fragmentaires, mais leur fabrication suit un schéma commun.

L’archéologie expérimentale au service du son

Les chercheurs ont fabriqué des répliques et testé différentes positions de souffle. Les sons obtenus ressemblent à des appels de rapaces, notamment des faucons ou des éperviers présents dans l’environnement.

La ressemblance ne suffit pas à fixer un usage unique. Ces instruments ont pu servir à la chasse, à la communication, à la musique ou à des pratiques rituelles. L’étude présente ces possibilités sans trancher définitivement.

Ce que ces instruments révèlent

Les aérophones donnent accès à une dimension rarement conservée de la vie préhistorique : le paysage sonore. Leur conception suppose une connaissance fine des matériaux, des oiseaux et des effets produits par la position des doigts.

Ils montrent aussi l’intérêt de réexaminer les collections anciennes. Des objets minuscules, une fois étudiés par microscopie, comparaison zoologique et expérimentation, peuvent documenter des comportements invisibles dans l’architecture ou la pierre taillée.

Archéologie du son · étude vérifiée le 30 juillet 2026

Des objets du Natoufien final, à l’aube du Néolithique

Les sept aérophones proviennent de la couche Ib d’Eynan-Mallaha, datée entre environ 10 730 et 9 760 av. J.-C. Le site se trouvait dans le bassin du lac Houla, dans la haute vallée du Jourdain. Les communautés natoufiennes y construisaient des habitats durables tout en vivant encore principalement de chasse, de pêche et de collecte. Ces objets appartiennent donc à une période de transformations sociales antérieure à l’installation complète des économies agricoles.

Le corpus comprend un instrument complet et six fragments. Les artisans ont choisi des os longs d’ailes de petits oiseaux d’eau : un humérus, cinq ulnas et un radius. Chaque tube porte d’une à quatre perforations destinées aux doigts, auxquelles s’ajoutent, selon les pièces, une embouchure, des encoches ou de fines incisions. Le choix d’os étroits était volontaire : des oiseaux plus grands étaient disponibles sur le site, mais leurs os auraient produit d’autres sons et auraient été plus faciles à jouer.

Pourquoi les chercheurs parlent bien d’instruments sonores

L’interprétation combine plusieurs méthodes. L’étude technologique montre que les trous furent creusés et régularisés par des gestes humains. La microscopie distingue ces traces de perforation des morsures de rongeurs ou des cassures naturelles. Les chercheurs ont ensuite fabriqué une réplique de l’exemplaire complet et testé différentes positions de souffle et de doigts.

La réplique produit des sons aigus, entre environ 2 500 et 12 000 Hz, audibles par l’être humain. Trois bandes de fréquences ressemblent particulièrement aux appels du faucon crécerelle et de l’épervier d’Europe. Cette proximité acoustique ne repose donc pas seulement sur une impression : elle a été comparée aux spectres des espèces attestées dans l’environnement.

Les os utilisés viennent cependant surtout de sarcelles et de foulques, pas des rapaces imités. Cette différence renforce l’idée d’une recherche sonore : le matériau était sélectionné pour ses propriétés, tandis que le résultat évoquait des oiseaux auxquels les Natoufiens accordaient peut-être une valeur particulière. Des serres de rapaces trouvées sur le site portent en effet des traces compatibles avec leur emploi comme objets ou ornements.

Appel de chasse, communication ou musique ?

L’étude évaluée par les pairs démontre la fabrication et la capacité sonore des objets, mais elle ne peut pas observer leur usage ancien. Un appeau de chasse est possible : imiter un rapace peut attirer un oiseau ou modifier le comportement d’autres animaux. Une fonction de communication, de danse, de musique ou de rituel est également envisageable. Les comparaisons ethnographiques montrent que les cris d’oiseaux et les objets faits de serres ou de plumes peuvent appartenir aux mêmes univers symboliques, sans fournir une équivalence directe pour le Natoufien.

La conclusion la plus sûre est que les habitants maîtrisaient une chaîne opératoire spécialisée et organisaient plusieurs hauteurs de son avec des trous de doigt. Les sept pièces forment le plus grand ensemble connu d’instruments préhistoriques de ce type au Levant. Elles invitent aussi à réexaminer les collections fauniques : de petits os perforés, longtemps classés comme objets indéterminés, peuvent conserver une partie du paysage sonore préhistorique.

La publication complète est librement accessible dans Scientific Reports. Pour comprendre les méthodes mobilisées, consultez notre ressource sur les méthodes de l’archéologie et le portail des découvertes archéologiques récentes.