Un atelier au-dessus d’un puits funéraire
Le complexe date de la fin de l’époque pharaonique, autour des XXVIe et XXVIIe dynasties. Une construction en briques crues servait d’atelier, tandis qu’un puits profond donnait accès à plusieurs chambres d’inhumation.
La relation entre espace de préparation et sépultures permet d’étudier une chaîne opératoire complète : traitement du corps, stockage des produits, dépôt du défunt et circulation des spécialistes.
Des récipients qui nomment les produits
Les archéologues ont découvert des coupes et des récipients portant des inscriptions. Celles-ci indiquent parfois le nom d’un produit ou une instruction d’usage, créant un lien exceptionnel entre vocabulaire rituel et résidus matériels.
Les analyses chimiques menées sur ce type de mobilier peuvent identifier huiles, résines, graisses ou substances aromatiques. Elles montrent que l’embaumement reposait sur des recettes et des savoir-faire adaptés aux différentes parties du corps.
Le masque en argent doré
Dans une chambre funéraire, l’équipe a trouvé un masque de momie en argent partiellement doré. Les masques en métal précieux sont extrêmement rares, car beaucoup furent fondus ou pillés dès l’Antiquité.
La découverte ne concerne donc pas seulement l’atelier. Elle éclaire aussi le statut social de certaines personnes inhumées dans le complexe et la diversité des pratiques funéraires à la période saïte et perse.
Mise à jour scientifique · 2023
Ce que les analyses moléculaires ont ajouté à la découverte
L’annonce de 2018 révélait le lieu de travail des embaumeurs et son mobilier. Une étude publiée dans Nature en 2023 a franchi une étape supplémentaire : elle a rapproché les inscriptions portées sur les récipients des molécules encore présentes dans leurs parois. L’intérêt du dossier ne tient donc plus seulement à l’existence d’un atelier. Pour la première fois, un ensemble archéologique permet de relier des noms égyptiens, des consignes pratiques, des parties du corps et des mélanges réellement préparés.
Trente et un récipients choisis dans un ensemble beaucoup plus vaste
Les chercheurs ont étudié le contenu organique de trente et un récipients de la XXVIe dynastie provenant de la salle souterraine d’embaumement. Neuf gobelets et vingt-deux bols avaient été retenus parce que leurs étiquettes hiératiques ou démotiques étaient particulièrement lisibles. Quatre prélèvements provenant de deux chambres funéraires voisines ont complété la comparaison.
Ce choix est essentiel à la méthode. Une molécule isolée ne suffit pas à reconstituer un rituel : elle peut provenir d’un usage antérieur, d’un mélange ou d’une contamination. Ici, la forme du vase, son contexte, son inscription et les résidus chimiques sont étudiés ensemble. Certaines étiquettes indiquent par exemple « à placer sur sa tête », « pour bander ou embaumer avec lui » ou le nom d’une substance. Cette correspondance limite les interprétations gratuites.
Des recettes, et non une liste universelle d’ingrédients
Les analyses par chromatographie et spectrométrie de masse ont identifié des huiles ou goudrons de conifères, des résines, des graisses animales, des huiles végétales, de la cire d’abeille et, dans certains contextes, du bitume. Les mélanges destinés à la tête ne sont pas nécessairement ceux appliqués aux bandelettes, à la peau ou aux organes. L’étude documente un atelier précis, actif vers 664–525 av. J.-C. ; elle ne décrit pas une recette immuable employée pendant toute l’histoire égyptienne.
Le résultat corrige aussi des traductions trop simples. Dans cet atelier, le terme antiu, souvent rendu par « myrrhe » ou « encens », correspond à une préparation associant notamment des produits de cèdre, de genévrier ou de cyprès et une graisse animale. Le sefet apparaît comme un onguent gras enrichi de substances végétales. Ces identifications valent pour les vases analysés : d’autres ateliers et d’autres époques peuvent avoir employé des compositions différentes sous un même nom.
Un savoir technique relié à des échanges lointains
Plusieurs ingrédients n’étaient pas disponibles dans la vallée du Nil. Des produits de cèdre, de genévrier, de cyprès ou de pistachier renvoient aux réseaux méditerranéens et levantins. L’élémi et le dammar peuvent provenir de régions tropicales beaucoup plus éloignées, même si leur origine exacte reste parfois difficile à départager. L’embaumement mobilisait donc des artisans spécialisés, des approvisionnements réguliers et des circuits commerciaux qui dépassaient largement l’Égypte.
La fonction chimique ne remplace pas la dimension religieuse. Les propriétés antibactériennes, antifongiques, odorantes, adhésives ou hydrophobes de certaines substances aidaient à conserver et envelopper le corps. Mais l’embaumement était aussi une transformation rituelle accompagnée de gestes, de paroles et de références divines. L’atelier révèle précisément l’articulation entre technique, économie et croyance.
Ce qui reste à vérifier
Les chercheurs ne disposent pas de la formule complète de chaque momie. Les récipients ont pu être réutilisés, certaines molécules se conservent mieux que d’autres et une même matière peut avoir plusieurs provenances. Il faut donc comparer ces résultats aux baumes prélevés sur des momies d’autres périodes, aux papyrus d’embaumement et aux ateliers qui seront découverts ailleurs.
Dernière vérification : 28 juillet 2026. L’étude de référence reste l’article évalué par les pairs publié en 2023. Le dossier archéologique de la céramique a également fait l’objet d’une publication de l’Institut français d’archéologie orientale.
Consulter l’étude biomoléculaire publiée dans Nature · Consulter la publication archéologique de l’IFAO
Questions fréquentes
L’atelier donne-t-il la recette de toutes les momies égyptiennes ?
Non. Il documente un atelier de la XXVIe dynastie à Saqqarah. Les substances, les proportions et les gestes ont varié selon les périodes, les ateliers et le statut des défunts.
Pourquoi les inscriptions sur les vases sont-elles si importantes ?
Elles relient un résidu chimique à un nom ou à une consigne d’usage. Sans elles, il serait beaucoup plus difficile de savoir si un mélange était destiné à la tête, aux bandelettes, à la peau ou à un organe.
La découverte prouve-t-elle des échanges avec l’Asie tropicale ?
Elle met en évidence des résines compatibles avec des produits tropicaux et confirme des réseaux d’approvisionnement très étendus. L’origine botanique ou géographique exacte de certains ingrédients doit toutefois rester formulée avec prudence.
