2020 · Levant · archéogénétique

Les génomes de l’âge du Bronze éclairent les Cananéens

Une étude publiée dans Cell en 2020 a réuni des données génomiques provenant de neuf sites du Levant méridional. Elle révèle des parentés partagées entre des communautés dites « cananéennes », mais ne transforme pas ce terme historique en identité biologique unique.

Pourquoi cette étude était attendue

Les textes égyptiens, mésopotamiens et levantins parlent de Canaan, tandis que l’archéologie met au jour une mosaïque de villes, de royaumes et de traditions locales. Les chercheurs ne disposent donc pas d’un « peuple cananéen » uniforme que l’on pourrait isoler simplement. Ils travaillent sur des individus enterrés dans des sites associés à la culture matérielle du Levant de l’âge du Bronze.

L’étude de 2020 a publié les données de 73 individus et les a combinées à des génomes déjà disponibles. L’ensemble analysé comprend 93 personnes provenant de neuf sites, parmi lesquels Megiddo, Hazor, Baq‘ah, Yehud et Ashkelon. Cette échelle permet de comparer plusieurs communautés sur une longue durée plutôt que de tirer une conclusion générale à partir d’une seule nécropole.

Une parenté régionale, malgré des cités distinctes

Les individus associés aux cultures cananéennes présentent une forte similarité génétique à travers le Levant méridional. Les modèles employés par les auteurs les rattachent principalement à deux ensembles d’ascendance ancienne : des populations néolithiques locales du Levant et des groupes apparentés aux populations du Chalcolithique du Zagros ou du Caucase de l’âge du Bronze.

Cette seconde composante augmente au fil du temps dans plusieurs sites. Le résultat est compatible avec des mobilités répétées depuis le nord-est du Proche-Orient, puis avec des mélanges au sein des sociétés levantines. Il ne décrit pas une migration unique, datée au même moment dans toutes les villes.

La proximité biologique observée ne supprime ni les différences politiques, ni les langues, ni les pratiques funéraires. Elle montre seulement que les habitants de plusieurs centres partageaient une histoire démographique en partie commune.

Ce que l’ADN ne peut pas décider

Un génome ne dit pas quelle langue une personne parlait, quelle divinité elle honorait, ni comment elle se définissait. Le mot « Cananéens » appartient d’abord aux textes et aux catégories utilisées par les historiens et les archéologues. Les auteurs emploient cette désignation pour des individus qui partagent un cadre chronologique et matériel, sans prétendre découvrir une essence cananéenne.

Les échantillons restent inégalement répartis. Certaines régions et certaines périodes sont mieux documentées que d’autres. Les modèles d’ascendance dépendent aussi des populations anciennes disponibles pour la comparaison : ils indiquent des proximités statistiques, pas des peuples modernes parfaitement superposables.

Un résultat à rapprocher de l’étude de Sidon

En 2017, cinq individus de l’âge du Bronze découverts à Sidon avaient déjà permis de documenter une continuité génétique importante au Levant. L’étude de 2020 élargit fortement l’échantillon et confirme que les sociétés du Levant ont connu à la fois continuités et apports extérieurs.

Ces travaux ne valident ni un récit de disparition totale, ni une filiation simple entre une population antique et un groupe actuel. Ils montrent une histoire faite de stabilité régionale, de mobilités et de métissages successifs.

Pour replacer les résultats dans l’histoire

Consultez le grand dossier sur les Cananéens pour la géographie, les textes, les cités et la culture matérielle. Le guide ce que l’archéologie peut — et ne peut pas — confirmer explique comment confronter données scientifiques, textes anciens et traditions. Les pages consacrées aux Phéniciens, à Juda et aux Philistins permettent ensuite de suivre les recompositions de l’âge du Fer.