Une découverte faite en deux temps
Le fragment avait été trouvé en 2009 sous le sol d’un monastère copte de la région d’Abydos. Une première étude, publiée en 2017, avait reconnu le remploi du sarcophage pour le grand prêtre Menkheperrê, vers 1000 av. J.-C., mais qualifiait le propriétaire initial de prince inconnu.
En reprenant les photographies, les relevés et les couches d’inscription, Frédéric Payraudeau a distingué la gravure d’origine de la surcharge plus tardive. Un cartouche comportant le nom de couronnement propre à Ramsès II était masqué par l’état de la pierre et par la seconde inscription.
Le décor comme indice royal
Le panneau conserve aussi une scène du Livre des Portes, composition funéraire réservée au roi à l’époque ramesside. L’association de ce décor, du titre royal et du cartouche a permis de passer d’une attribution hypothétique à une identification argumentée.
Le fragment mesure environ 1,70 mètre de long et huit centimètres d’épaisseur. Il représentait presque un côté complet du sarcophage, dont les parties courbes auraient été brisées pour faciliter le remploi de la dalle.
Une histoire de pillage et de réutilisation
Ramsès II avait été placé dans un cercueil précieux, lui-même installé dans un sarcophage d’albâtre puis dans ce grand sarcophage de granit. Les pillages et transferts de la fin du Nouvel Empire ont dispersé cet ensemble.
Le remploi par Menkheperrê montre que même les monuments royaux pouvaient devenir une réserve de matériaux dans un contexte de crise. L’identification de 2024 restitue donc à la fois un objet funéraire de Ramsès II et la biographie mouvementée d’un bloc réutilisé.
Réexamen épigraphique · dossier vérifié le 30 juillet 2026
Sarcophage, cercueil et momie : trois objets à ne pas confondre
Le mot « sarcophage » désigne ici une grande cuve de pierre placée autour des contenants funéraires du pharaon. Le cercueil en bois peint associé à Ramsès II, beaucoup plus connu du public, est un objet différent ; la momie en est un troisième. Le fragment identifié en 2024 appartenait au sarcophage extérieur en granit. Il ne s’agit donc ni d’une nouvelle découverte de la momie, ni d’un cercueil complet retrouvé intact.
Cette distinction explique l’importance du résultat. La tombe KV7 de Ramsès II avait été pillée et ses éléments déplacés. Le grand sarcophage de granit n’était connu que par des indices. Reconnaître l’un de ses longs côtés permet de restituer une étape de l’équipement funéraire royal qui semblait perdue.
Comment une inscription réutilisée conserve deux histoires
Le panneau fut découvert en 2009 dans le sol d’un couvent copte d’Abydos. Son texte visible indiquait un remploi par le grand prêtre Menkheperrê vers 1000 av. J.-C. En observant les traces de gravure antérieures, Frédéric Payraudeau a isolé un cartouche contenant le nom de couronnement de Ramsès II. Le décor du Livre des Portes, réservé au souverain dans le programme funéraire ramesside, renforce l’identification.
L’objet matérialise ainsi au moins trois moments : la fabrication pour Ramsès II, le démantèlement ou la récupération après le pillage de sa tombe, puis le remploi pour Menkheperrê environ deux siècles plus tard. Cette économie de la pierre n’était pas exceptionnelle. Un bloc de granit royal représentait une matière coûteuse, déjà extraite, transportée et polie ; le réutiliser pouvait avoir une valeur pratique autant que symbolique.
La méthode est également instructive. L’identification n’a pas nécessité une nouvelle fouille spectaculaire, mais un nouvel examen de photographies, de relevés et de couches épigraphiques. Les collections et archives archéologiques restent donc des terrains de découverte : améliorer une lecture peut changer l’identité d’un objet quinze ans après sa mise au jour.
Ce que l’identification permet — et ce qu’elle ne restitue pas
Le fragment mesure environ 1,70 m de long et huit centimètres d’épaisseur. Il correspond presque à un côté complet, mais les parties courbes et le reste de la cuve ne sont pas reconstitués. La découverte ne permet donc pas encore de dessiner avec certitude tout le sarcophage ni de retracer chaque déplacement entre KV7, Abydos et les usages ultérieurs.
L’attribution repose sur un faisceau d’indices concordants, et non sur le seul prestige d’un nom royal : position du cartouche ancien, traces laissées sous l’inscription de remploi, dimensions du panneau et organisation du décor funéraire. Les chercheurs peuvent ainsi distinguer la commande initiale des transformations postérieures. Cette démarche rappelle qu’un monument réemployé doit être lu dans plusieurs directions : comme œuvre du règne de Ramsès II, comme matériau choisi par Menkheperrê, puis comme élément intégré dans un contexte beaucoup plus tardif. Chaque phase a laissé des marques, mais toutes ne sont pas encore datées avec la même précision.
Le communiqué du CNRS et l’entretien avec le chercheur documentent l’attribution. Pour replacer l’objet dans le règne, lisez notre biographie de Ramsès II. Le temple où la dalle fut remployée se situe dans la région d’Abydos, que notre guide Visiter Abydos depuis Louxor présente sans laisser croire que ce fragment soit exposé au visiteur.
