1822 · naissance de l’égyptologie
Champollion et le déchiffrement des hiéroglyphes
La percée de 1822 ne fut ni une intuition magique ni une simple lecture de la pierre de Rosette : Champollion combina copte, cartouches, comparaisons et règles pour démontrer un système à la fois phonétique et figuratif.
Réponse directe
Champollion a montré que le phonétisme concernait aussi l’égyptien ancien
En septembre 1822, Jean-François Champollion présenta une méthode permettant de lire des noms grecs et romains dans les cartouches. En comparant ensuite des noms royaux égyptiens plus anciens, il démontra que les signes phonétiques n’étaient pas réservés aux étrangers. Son système articulait sons, mots et déterminatifs.
- 1822Lettre à M. Dacier et annonce de la méthode.
- 1824Précis du système hiéroglyphique.
- Clé linguistiqueLe copte comme dernière phase de l’égyptien.
Dans ce guide
Avant 1822 : des symboles supposés muets
Pendant des siècles, les lecteurs européens avaient perdu la connaissance des hiéroglyphes. Des traditions antiques et modernes les décrivaient souvent comme une écriture symbolique où chaque image exprimait une idée entière. Cette vision contenait une part de vérité — certains signes fonctionnent comme mots ou déterminatifs — mais elle empêchait de reconnaître la notation des sons.
La découverte de la pierre de Rosette en 1799 changea les conditions du problème. Son décret en hiéroglyphes, démotique et grec fournissait un texte comparable et des noms royaux connus. Des savants purent tester des correspondances au lieu de spéculer sur des images isolées.
Johan David Åkerblad identifia des éléments phonétiques en démotique. Thomas Young avança dans l’analyse de ce texte et proposa des valeurs pour plusieurs signes du cartouche de Ptolémée. Le caractère phonétique des noms étrangers devenait plausible, mais la portée générale du principe restait à démontrer.
Le défi était double : établir des valeurs fiables et comprendre comment elles coexistaient avec les signes figuratifs. Un alphabet simple ne suffisait pas, car un même texte associait des signes à une, deux ou trois consonnes, des mots entiers et des classificateurs non prononcés.
Une préparation fondée sur les langues
Né à Figeac en 1790, Champollion se forma très tôt aux langues anciennes et orientales. Il étudia notamment le copte, langue liturgique écrite principalement avec l’alphabet grec et héritière directe des états anciens de l’égyptien. Pour lui, les monuments ne pouvaient être compris sans retrouver la langue qu’ils notaient.
Cette conviction le distinguait des approches limitées à une table de symboles. Si le copte conservait du vocabulaire et des structures égyptiennes, il pouvait aider à reconnaître des mots derrière les groupes hiéroglyphiques. La comparaison devait toutefois respecter les transformations survenues pendant des millénaires.
Champollion rassembla des copies d’inscriptions et suivit les publications disponibles. Les cartouches ptolémaïques lui fournissaient des noms connus, tandis que les monuments plus anciens permettaient de tester si les mêmes principes fonctionnaient avant l’arrivée des Grecs.
Son travail se déroula dans un contexte politique et savant intense. Paris, Londres, Turin et d’autres centres possédaient des collections et des copies en circulation. Les propositions étaient lues, contestées et parfois revendiquées par plusieurs chercheurs.
Septembre 1822 : des cartouches ptolémaïques aux pharaons
Champollion compara des cartouches de Ptolémée et de Cléopâtre, où certaines consonnes communes pouvaient confirmer des valeurs. La méthode gagnait en solidité lorsque la même valeur expliquait plusieurs positions et plusieurs noms, plutôt que d’être ajustée à un seul exemple.
La preuve décisive vint de cartouches royaux plus anciens. Sur des copies de monuments d’Abou Simbel, Champollion reconnut un disque solaire, lu à partir du copte comme lié à Rê, puis un signe à valeur ms et une finale connue. Il put rapprocher le groupe du nom Ramsès. Un raisonnement comparable concernait Thoutmosis.
Ces lectures montraient que le phonétisme existait bien avant les souverains grecs et romains. Les hiéroglyphes n’avaient donc pas créé un alphabet spécial pour transcrire les étrangers. Ils notaient depuis longtemps la langue égyptienne avec une combinaison de procédés.
Le 27 septembre 1822, Champollion exposa ses résultats dans la célèbre Lettre à M. Dacier, lue à l’Académie des inscriptions et belles-lettres. Le texte présentait un alphabet de signes phonétiques employés pour des noms gréco-romains. Les développements ultérieurs élargirent la démonstration à l’ensemble du système.
« Ne rien deviner, tout démontrer » : une méthode de vérification
- Partir de groupes délimités. Le cartouche réduit l’incertitude en isolant un nom royal.
- Comparer des noms connus. Ptolémée et Cléopâtre partagent des sons dont les signes peuvent être confrontés.
- Exiger la répétition. Une valeur doit fonctionner dans plusieurs inscriptions et positions.
- Utiliser le copte. La langue tardive aide à reconnaître le vocabulaire égyptien derrière les consonnes.
- Étendre le test dans le temps. Ramsès et Thoutmosis prouvent que le phonétisme n’est pas une invention ptolémaïque.
- Combiner les fonctions. Certains signes notent des sons, d’autres des mots ou des catégories sémantiques.
La force de cette méthode vient de sa capacité prédictive. Une valeur proposée pour un signe doit permettre de lire un autre nom qui n’a pas servi à la construire. Une traduction doit aussi être compatible avec le copte, la grammaire et le contexte du monument.
Cette logique reste celle de la philologie moderne, même si de nombreuses lectures ont été affinées depuis Champollion. Le guide Comment fonctionnent les hiéroglyphes égyptiens ? présente la distinction actuelle entre phonogrammes, logogrammes et déterminatifs.
Une percée majeure dans une histoire collective
Le récit populaire représente parfois Champollion seul face à la pierre de Rosette. En réalité, il travailla sur des copies, des inscriptions et des propositions produites par un réseau de savants. Åkerblad avait avancé sur le démotique ; Young avait rapproché plusieurs signes de sons dans le nom de Ptolémée et étudié la relation entre écritures.
Champollion franchit cependant une étape qualitative : il relia le principe phonétique à la langue égyptienne, l’appliqua à des noms pharaoniques et construisit un système général. La reconnaissance de ses prédécesseurs n’amoindrit pas cette démonstration ; elle permet de distinguer une découverte cumulative d’une légende héroïque.
Les relations entre Young et Champollion furent marquées par la concurrence et les débats de priorité. Les historiens examinent aujourd’hui les publications, les dates et les correspondances pour comprendre qui savait quoi et à quel moment. Une histoire rigoureuse évite à la fois de nier l’apport de Young et de réduire Champollion à un simple continuateur.
La page Comment la pierre de Rosette a permis le déchiffrement replace ces contributions dans la progression allant du texte trilingue à la lecture des hiéroglyphes.
Après 1822 : vérifier sur les monuments et fonder une discipline
En 1824, le Précis du système hiéroglyphique des anciens Égyptiens développa la théorie et les exemples. Champollion étudia ensuite des collections en Italie et organisa avec Ippolito Rosellini une expédition franco-toscane en Égypte et en Nubie entre 1828 et 1829.
Le terrain permit de confronter la méthode à de nombreuses inscriptions, de copier des monuments et d’établir des chronologies royales. Champollion ne put achever tous ses projets avant sa mort en 1832. Sa grammaire et son dictionnaire furent publiés après sa disparition grâce au travail de son frère et de ses collaborateurs.
Les générations suivantes corrigèrent des valeurs, établirent la grammaire du moyen égyptien, distinguèrent les états de la langue et constituèrent des dictionnaires. Le déchiffrement n’était pas la fin du travail, mais la possibilité enfin ouverte de le mener scientifiquement.
Aujourd’hui, manuscrits, estampages et publications de Champollion sont conservés notamment à la Bibliothèque nationale de France. Le musée de Figeac et les collections égyptiennes permettent aussi de comprendre l’homme, ses instruments et le contexte intellectuel de son époque.
Pour relier cette histoire aux valeurs employées par les lecteurs actuels, utilisez la fiche 100 signes hiéroglyphiques essentiels.
Questions fréquentes
Champollion parlait-il couramment l’égyptien ancien ?
Il pouvait analyser et lire des textes selon les connaissances de son temps, mais la prononciation historique complète restait inconnue et la discipline continuait de se construire.
A-t-il déchiffré seul la pierre de Rosette ?
Non. Sa démonstration fut décisive, mais elle s’inscrit après les travaux d’Åkerblad, Young et d’autres, et utilise des copies diffusées collectivement.
Pourquoi le copte était-il si important ?
Parce qu’il constitue la dernière phase de la langue égyptienne et note les voyelles. Il offrait du vocabulaire et des structures pour tester les lectures.
Que s’est-il passé en 1822 ?
Champollion a présenté dans sa Lettre à M. Dacier une méthode phonétique fondée sur les noms royaux, puis l’a étendue à la lecture du système égyptien.
Sources françaises de référence
- Bibliothèque nationale de France — comment Champollion déchiffre les hiéroglyphes
- Bibliothèque nationale de France — l’aventure Champollion
- Collège de France — les principes de Champollion
- Bibliothèque nationale de France — dans les pas de Champollion
Contenu vérifié le 28 juillet 2026.
