Égypte ancienne · noms royaux
Comment les noms des pharaons étaient-ils écrits ?
Un pharaon ne portait pas un seul nom : son identité officielle associait cinq titres, des épithètes divines et deux cartouches dont la forme variait selon les époques.
Réponse directe
Deux noms dans des cartouches, cinq noms dans la titulature
À partir du Moyen Empire, les monuments montrent souvent deux noms royaux entourés d’un cartouche : le nom de couronnement, précédé du titre « roi de Haute et Basse-Égypte », et le nom de naissance, précédé de « fils de Rê ». Ils appartiennent à une titulature plus vaste de cinq noms qui proclame la place du souverain parmi les dieux, les Deux Terres et l’ordre du monde.
- Nom de couronnementAdopté lors de l’accession au trône.
- Nom de naissanceNom personnel, souvent conservé après le titre « fils de Rê ».
- CartoucheCadre protecteur réservé surtout aux deux derniers noms.
Dans ce guide
La titulature royale : cinq déclarations de pouvoir
La forme classique de la titulature comprend le nom d’Horus, le nom des Deux Maîtresses, le nom d’Horus d’or, le nom de couronnement et le nom de naissance. Cette série ne s’est pas imposée en une seule fois. Elle résulte d’une longue évolution commencée aux premières dynasties et stabilisée progressivement. Tous les monuments ne donnent donc pas nécessairement les cinq éléments.
Le nom d’Horus est le plus ancien. Il apparaît traditionnellement dans un serekh, rectangle figurant la façade du palais et surmonté du faucon Horus. Le roi y est présenté comme la manifestation terrestre du dieu protecteur de la royauté.
Le nom des Deux Maîtresses est introduit par le vautour Nekhbet et le cobra Ouadjet, déesses tutélaires de la Haute et de la Basse-Égypte. Il exprime la réunion des deux parties du pays sous un seul souverain.
Le nom d’Horus d’or associe généralement le faucon d’Horus au signe de l’or. Son interprétation exacte reste discutée : il ne faut pas le traduire mécaniquement comme une victoire d’Horus sur Seth. Selon la période, il formule plutôt une qualité durable, divine ou victorieuse du roi.
Le nom de couronnement, ou nesout-bity, suit les signes du roseau et de l’abeille, traditionnellement rendus par « roi de Haute et Basse-Égypte ». C’est le nom officiel adopté au couronnement. Il contient très souvent une référence au dieu Rê.
Le nom de naissance, ou nom de « fils de Rê », correspond au nom personnel reçu avant l’accession. Ramsès, Amenhotep, Thoutmosis ou Toutânkhamon sont les formes modernes de noms de ce type. Ils sont précédés sur les monuments du canard et du disque solaire, lus « fils de Rê ».
La page historique Titulature des pharaons présente les formules royales et leurs variantes dynastiques. Le présent guide se concentre sur la manière de les repérer dans une inscription.
Pourquoi deux noms sont-ils placés dans des cartouches ?
Le cartouche est une boucle ovale fermée par une petite barre. Il dérive probablement de l’anneau chen, symbole de protection et de totalité. Dans une titulature développée, le premier cartouche contient normalement le nom de couronnement et le second le nom de naissance. Le cadre ne fait pas partie de la prononciation : il signale visuellement que le groupe intérieur est un nom royal.
La succession des cartouches aide à identifier un souverain même lorsque la lecture des signes est difficile. Le premier commence fréquemment par une formule liée à Rê, à Maât ou à une autre notion divine. Le second contient plus souvent le nom transmis par les listes modernes. Cette règle est très utile, mais elle n’est pas absolue : les épithètes peuvent être incluses, abrégées ou placées autour du cartouche.
Le guide Comment lire un cartouche égyptien explique la direction, les compléments phonétiques et les déterminatifs. Un cartouche n’est jamais un alphabet lettre par lettre : les signes peuvent noter une, deux ou trois consonnes et certains éléments sont honorifiquement déplacés.
L’ordre visible n’est pas toujours l’ordre prononcé
Les noms royaux obéissent au fonctionnement général des hiéroglyphes. Les figures humaines ou animales indiquent la direction de lecture en regardant vers le début de la ligne. Les signes sont ensuite lus à l’intérieur de cadrats imaginaires, du haut vers le bas puis dans le sens général de l’inscription.
Une difficulté particulière vient de l’antéposition honorifique. Le nom d’un dieu peut être placé graphiquement en tête d’un groupe pour lui accorder la préséance, même s’il se prononce plus tard. Dans le nom de Toutânkhamon, le groupe lié à Amon peut ainsi apparaître avant d’autres signes sans être lu en premier. Il faut distinguer l’honneur visuel de l’ordre linguistique.
Les scribes utilisaient aussi des variantes. Un même nom peut comporter un signe bilitère accompagné de son complément phonétique sur un monument, puis une graphie plus courte ailleurs. Des épithètes comme « aimé d’Amon », « maître des apparitions » ou « doué de vie » peuvent être ajoutées sans transformer le noyau du nom.
Les voyelles n’étant généralement pas notées, les formes françaises sont des conventions historiques. « Ramsès », « Thoutmosis » et « Khéops » combinent des traditions grecques, coptes et égyptologiques. Elles ne reproduisent pas exactement la voix d’un Égyptien de l’Antiquité.
Exemple guidé : les deux cartouches de Toutânkhamon
Le nom de naissance connu sous la forme Toutânkhamon signifie conventionnellement « image vivante d’Amon ». Dans les hiéroglyphes, le nom divin Amon peut être placé en tête par respect. Le lecteur doit donc reconnaître les valeurs et la syntaxe au lieu de suivre servilement l’ordre visuel.
Son nom de couronnement est généralement transcrit Nebkheperourê, « Maître des transformations de Rê » selon la traduction usuelle. Il se distingue du nom personnel tout en désignant le même roi. Sur un objet, le contexte, les titres voisins et les épithètes permettent de savoir lequel des deux cartouches est conservé.
- Trouvez le titre introductif. Roseau et abeille annoncent le nom de couronnement ; canard et disque solaire annoncent le nom de naissance.
- Repérez le sens de lecture. Observez le regard des oiseaux, cobras, faucons ou personnages.
- Isolez le noyau du nom. Ne confondez pas une épithète extérieure avec les signes contenus dans l’ovale.
- Translittérez les consonnes. N’ajoutez pas de voyelles avant d’avoir identifié les signes complexes.
- Comparez plusieurs attestations. Une graphie différente n’indique pas forcément un autre souverain.
Usurpations, changements de nom et souveraines
Un cartouche a une dimension politique. Un successeur pouvait marteler un nom, remplacer un groupe ou réemployer un monument. La présence d’un cartouche ne date donc pas automatiquement la sculpture entière : il faut vérifier la cohérence du relief, des titres et de la paléographie.
Certains souverains modifièrent leur nom au cours du règne. Amenhotep IV devint Akhenaton dans le contexte du culte d’Aton ; Toutânkhaton devint Toutânkhamon lors du retour au dieu Amon. Ces changements sont des documents historiques majeurs, mais leurs graphies doivent être replacées dans une chronologie précise.
Les femmes régnantes pouvaient employer l’appareil royal complet. Hatchepsout adopta des titres et des formes grammaticales qui articulent son sexe, son statut de roi et sa légitimité dynastique. Il serait donc trompeur d’imaginer une titulature masculine uniforme pour tous les règnes.
Enfin, les noms grecs des Ptolémées et des empereurs romains furent adaptés au système hiéroglyphique. Ces graphies tardives ont joué un rôle décisif dans le déchiffrement, car les savants pouvaient comparer des noms connus aux signes enfermés dans les cartouches.
Les formes françaises de ces noms sont des conventions : le guide Comment prononcer les noms égyptiens anciens ? explique ce que les consonnes permettent réellement de reconstruire.
Questions fréquentes
Le cartouche contient-il toujours le nom du pharaon ?
Il contient principalement un nom royal, mais des membres de la famille royale et certains personnages privilégiés ont aussi reçu cet honneur selon les périodes.
Pourquoi un pharaon possède-t-il plusieurs noms ?
Chaque nom exprime un aspect complémentaire de sa fonction : lien avec Horus, protection des Deux Terres, caractère divin, accession au trône et filiation solaire.
Quel est le nom utilisé par les historiens ?
Les ouvrages modernes retiennent souvent le nom de naissance, mais les listes royales et les études donnent aussi le nom de couronnement pour éviter les confusions.
Peut-on traduire son prénom moderne en hiéroglyphes ?
On peut proposer une transcription phonétique décorative, mais elle ne constitue ni un nom égyptien antique authentique ni une traduction de son sens.
Sources universitaires et muséales
- Université de Londres — les noms royaux égyptiens
- Université de Londres — le nom d’Horus d’or
- Musée britannique — ressources sur les hiéroglyphes et les cartouches
- Metropolitan Museum — objet portant la titulature de Toutânkhamon
Contenu vérifié le 28 juillet 2026.
