Égypte ancienne · exercice guidé

Comment lire un cartouche égyptien ?

Repérer la direction, distinguer nom de naissance et nom de couronnement, puis translittérer les signes sans inventer les voyelles.

Bloc de pierre couvert de hiéroglyphes étudié auprès de tablettes anciennes

Réponse directe

Un cartouche encadre généralement un nom royal

Pour le lire, observez d’abord le sens dans lequel regardent les animaux et les figures : ils font face au début. Relevez ensuite les valeurs consonantiques, tenez compte des signes à deux ou trois consonnes, des compléments phonétiques et de l’antéposition honorifique des noms divins. Le cartouche contient le plus souvent le nom de couronnement ou le nom de naissance du souverain, pas l’ensemble de ses cinq noms.

  • CadreUn anneau allongé terminé par un trait.
  • ContenuNom royal de couronnement ou de naissance.
  • LectureConsonnes, conventions et contexte.

Reconnaître la forme et comprendre sa fonction

Le cartouche est un cadre ovale ou allongé, fermé par une ligne et terminé par un petit trait transversal. Sa forme dérive du signe shen, un anneau associé à l’idée d’enveloppement et de protection. Le mot « cartouche » est une appellation moderne donnée par des savants et soldats français qui rapprochaient la forme d’une cartouche de poudre.

Dans les inscriptions royales, ce cadre distingue un nom du souverain. Il attire immédiatement l’œil sur les reliefs, stèles, statues et objets. Il ne constitue pas une ponctuation générale et n’encadre pas automatiquement tous les noms de personnes.

Le cartouche peut être horizontal ou vertical. Sa direction dépend de la composition. Le trait terminal ne suffit pas toujours à choisir le début : regardez les oiseaux, les animaux et les personnages à l’intérieur ou autour du cadre. Ils regardent généralement vers le premier signe.

Des reines peuvent aussi recevoir un nom dans un cartouche, selon leur statut et la période. À l’époque ptolémaïque, les cartouches encadrent des noms grecs transcrits en hiéroglyphes et accompagnés de titres ou d’épithètes. Le principe royal reste le même, mais les orthographes s’adaptent à des noms étrangers.

Le cartouche ne contient que deux éléments de la titulature complète

À partir du Moyen Empire, la titulature développée du roi comprend cinq noms. Le premier est le nom d’Horus, souvent inscrit dans un serekh, cadre figurant une façade de palais surmontée du faucon. Viennent le nom des Deux Maîtresses et le nom d’Horus d’or. Les deux derniers sont le nom de roi de Haute et Basse-Égypte, pris lors de l’accession, et le nom de fils de Rê, généralement lié au nom de naissance.

Ce sont principalement ces deux derniers noms qui apparaissent dans des cartouches. Le premier cartouche est souvent précédé du titre « roi de Haute et Basse-Égypte » et contient le nom de couronnement, appelé aussi prénom royal ou prenomen dans la littérature. Le second est précédé de « fils de Rê » et contient le nom personnel ou nomen.

Un souverain célèbre possède donc plusieurs désignations. « Ramsès II » est le nom moderne couramment utilisé, mais ses monuments présentent aussi son nom de couronnement Ousermaâtrê-Setepenrê et les autres éléments de sa titulature. Une recherche limitée au mot « Ramsès » peut manquer une partie de l’inscription.

La page historique Titulature royale des pharaons conserve les listes et explications détaillées d’AntikForever. Le présent guide se concentre sur le geste de lecture d’un cartouche isolé.

Méthode en sept étapes pour lire sans deviner

  1. Vérifiez qu’il s’agit bien d’un cartouche. Cherchez l’anneau allongé et son trait terminal, puis distinguez-le d’un simple encadrement décoratif.
  2. Déterminez la direction. Les êtres animés regardent vers le début. Dans une colonne, lisez de haut en bas.
  3. Découpez les cadrats. Les signes superposés appartiennent à de petits groupes rectangulaires qu’il faut lire dans l’ordre.
  4. Relevez les valeurs consonantiques. Commencez par les signes unilitères connus, puis identifiez les bilitères et trilitères.
  5. Ne doublez pas les compléments. Un signe simple peut répéter la fin d’un signe complexe pour confirmer sa lecture.
  6. Repérez les noms divins. Rê, Amon, Ptah ou Thot peuvent être placés graphiquement en tête par respect alors qu’ils se prononcent ailleurs dans le nom.
  7. Comparez avec une titulature attestée. Vérifiez la séquence, la date et le monument dans une notice de musée ou un ouvrage scientifique.

Cette méthode produit d’abord une translittération. La vocalisation moderne vient ensuite. Les voyelles ajoutées pour prononcer « Ousermaâtrê » ou « Nebmaâtrê » sont des conventions de lecture et de transmission, non une copie directe des sons gravés.

Trois exemples qui montrent les règles en action

Ramsès : Rê, naissance et complément

Dans le nom de Ramsès, le disque solaire représente Rê. Un signe complexe note une valeur liée à « engendrer, mettre au monde », puis un signe s complète la lecture. Le nom divin est graphiquement placé en tête. Champollion a utilisé ce groupe pour tester la nature phonétique de l’écriture sur des souverains antérieurs à l’époque gréco-romaine.

La lecture ne consiste pas à dire « soleil, peaux, verrou ». Elle analyse les valeurs linguistiques et reconnaît une construction signifiant que Rê l’a engendré. Le dessin fournit le signe ; la langue fournit le nom.

Thoutmosis : Thot placé en tête

Le nom de Thoutmosis associe le dieu Thot, représenté notamment par l’ibis dans certaines graphies, à la racine liée à la naissance. Le nom divin peut être antéposé. L’ordre visuel honore Thot, tandis que l’analyse linguistique restitue la construction du nom.

La comparaison des cartouches de Ramsès et de Thoutmosis a aidé Champollion à reconnaître des valeurs communes. Elle montre aussi pourquoi un même signe complexe peut recevoir un complément qui répète sa dernière consonne.

Toutânkhamon : plusieurs éléments dans un nom royal

Le nom de Toutânkhamon est lié à l’idée d’« image vivante d’Amon ». Il comporte le signe de vie ânkh et le nom du dieu Amon. Là encore, la forme française courante est une vocalisation transmise et adaptée.

La page historique Toutânkhamon présente sa biographie, sa titulature et son règne. Pour distinguer les œuvres originales des reconstitutions, consultez aussi le guide Où voir Toutânkhamon aujourd’hui ?.

Pourquoi les cartouches ont-ils compté dans le déchiffrement ?

La pierre de Rosette porte un décret dans deux formes d’écriture égyptienne, hiéroglyphique et démotique, ainsi qu’en grec ancien. Le texte grec contient le nom de Ptolémée. Les cartouches de la partie hiéroglyphique offraient des groupes remarquables à comparer avec ce nom royal connu.

Thomas Young avait reconnu le rôle phonétique de certains signes dans le nom de Ptolémée. Champollion a élargi la comparaison à d’autres noms, notamment Cléopâtre, puis aux cartouches de souverains plus anciens comme Ramsès et Thoutmosis. Cette étape a montré que les valeurs phonétiques n’étaient pas réservées aux noms étrangers de l’époque grecque.

Le déchiffrement ne repose donc pas sur un seul éclair de génie ni sur une table alphabétique complète trouvée dans un cartouche. Il résulte de comparaisons, de la connaissance du copte, de l’étude des écritures égyptiennes et de tests sur des inscriptions différentes.

Le cadre du cartouche a néanmoins fourni un avantage décisif : il isolait un groupe susceptible d’être un nom royal. Une fois plusieurs valeurs proposées, elles pouvaient être vérifiées dans d’autres mots et d’autres périodes.

Les pièges fréquents dans les listes de cartouches

Confondre nom de naissance et nom de couronnement. Un roi peut être indexé sous son nom personnel alors qu’un monument met en avant son nom de trône. Les deux cartouches doivent être identifiés.

Lire dans le mauvais sens. Un cartouche reproduit dans un livre ou une image peut être inversé. La direction des oiseaux et figures reste le meilleur indice.

Prononcer les compléments. Les signes simples qui confirment un bilitère ou un trilitère ne s’ajoutent pas comme de nouvelles syllabes.

Ignorer l’antéposition honorifique. Le nom d’un dieu placé en tête n’est pas toujours le premier élément prononcé.

Prendre une forme décorative pour un texte exact. Les souvenirs, bijoux et tatouages modernes peuvent mélanger des signes, inverser une orientation ou inventer une équivalence. Pour un usage définitif, demandez une vérification spécialisée.

Mise en pratique au musée ou sur une photographie

Choisissez une photographie nette d’un objet dont la notice indique le souverain et la date. Ne commencez pas par une inscription très longue. Cadrez un seul cartouche, repérez la direction et dessinez les cadrats sur papier.

Transcrivez ensuite uniquement les valeurs que vous connaissez. Laissez des blancs pour les signes incertains. Comparez votre séquence à la titulature publiée par le musée, puis revenez aux signes pour comprendre les différences plutôt que de corriger mécaniquement.

Répétez l’exercice avec le second cartouche du même roi. Vous apprendrez ainsi à distinguer nom de trône et nom de naissance. La page Liste des rois d’Égypte aide à choisir des souverains et à replacer leur titulature dans la chronologie.

Questions fréquentes

Tous les noms égyptiens sont-ils écrits dans un cartouche ?

Non. Le cartouche est surtout associé aux noms royaux. Les particuliers utilisent d’autres conventions.

Combien de cartouches possède un pharaon ?

Deux noms de la titulature développée sont normalement inscrits dans des cartouches : le nom de couronnement et le nom de naissance.

Peut-on connaître la prononciation exacte d’un cartouche ?

On peut translittérer les consonnes et proposer une vocalisation conventionnelle, mais l’écriture hiéroglyphique ne conserve pas toutes les voyelles.

Le cartouche protège-t-il magiquement le nom ?

Sa forme est liée à l’anneau shen et à une idée d’enveloppement protecteur, mais sa fonction concrète dans l’inscription est aussi d’identifier le nom royal.

Sources universitaires et muséales

Contenu vérifié le 27 juillet 2026.

Pour approfondir les écritures anciennes

Approfondir les noms royaux

Titulature, prononciation et exercices complètent la méthode de lecture d’un cartouche.

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