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La Guerre  du  Péloponnèse

431  à  404

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La Guerre du Péloponnèse

 

La Ligue du Péloponnèse

 

Les Quatre-cents

 

Les Trente Tyrans

 

 

 

     

 

 

 

  La Guerre du Péloponnèse

   de  431  à  404

Ligue du Péloponnèse

 

   La guerre du Péloponnèse désigne le conflit qui dura de 431 à 404, avec quelques périodes d'interruption et qui opposa Athènes et Sparte. Sparte ne participe qu'avec réticence à la Première Guerre Médique, mais accepte le commandement des forces Grecques durant la deuxième partie du conflit (Voir Deuxième Guerres Médique). Après avoir abandonné les profits de la victoire aux Athéniens, les Spartiates se replient sur le Péloponnèse où ils vont tenter, de défendre leur suprématie face à leurs anciens coalisés (Tégée et Élis), de faire face à Argos, soutenue par Athènes et enfin de mater une révolte des Hilotes de Messénie (464-458). En 446, un accord est passé entre les puissances rivales, qui repose sur le partage du monde Grec. Sparte se voit octroyer le Péloponnèse, Corinthe les mers et le commerce occidental et Athènes la mer Égée et le commerce du Nord. 

 

   Selon Thucydide (Homme politique et historien Athénien, v.460-v.395), Sparte et ses alliées, notamment Thèbes et Corinthe, redoutent la montée en puissance de l'impérialisme Athénien. Ils craignent pour leur propre position. Corinthe, qui est membre de la Ligue du Péloponnèse, supporte de plus en plus mal les visées d'Athènes sur ses colonies. En 435, une querelle éclate entre Épidamne (Cité de la mer Adriatique en Illyrie, Durrës Aujourd'hui) et Corcyre. Bien que Corcyre soit une colonie de Corinthe, celle-ci prend le parti d'Épidamne et une guerre oppose alors Corinthe à sa colonie. Corcyre, qui n'appartenait à aucune alliance, fait appel aux Athéniens et se retrouve en position de pouvoir évincer Corinthe de la mer Ionienne. En 432, Corinthe, membre de la Ligue du Péloponnèse, fait alors pression sur son ancienne colonie Potidée, qui est située sur la pointe Ouest de la Chalcidique (Sur la côte Thrace), afin qu'elle quitte la Ligue de Délos.

   Potidée obéit et quitte la Ligue après avoir passé un accord secret avec Sparte, qui stipulait qu'en cas de conflit avec Athènes, Sparte envahirait l'Attique. Les Athéniens envoient alors une expédition pour assiéger Potidée, qui tombe et est obligée par Athènes de raser ses murailles. Potidée se révolte contre Athènes et reçoit le soutien officieux de Corinthe. Dans le même temps, Athènes interdit l'accès de l'Attique et ses ports aux marchands de Mégare. Elle reproche à la cité de soutenir son adversaire Corinthe et d'accueillir les esclaves fugitifs. Mégare, comme Corinthe, fait alors appel à Sparte, qui sous la menace de voir deux de ses principales alliées quitter la Ligue du Péloponnèse et aussi du fait de ses promesses et alliances avec Potidée, mobilise la Ligue. Elle se laisse entraîner dans la guerre et quelques mois plus tard la ville et ses alliés de la Ligue, pressés d’agir par les Corinthiens décident d’attaquer Athènes.

 

   Athènes ne désire pas vraiment la guerre, sa flotte à ordre de ne pas combattre à moins que les Corinthiens n'attaquent Corcyre. Pendant l'été 431, les Spartiates envahissent l'Attique, la région entourant Athènes, sans rencontrer de résistance, ils trouvent un pays déserté. Ils ravagent la région pendant un mois avant de se retirer. Les effectifs terriens Athéniens étant bien inférieurs à ceux de Sparte, Périclès (495-429), stratège pour la 13e fois, prouve à ses concitoyens que la fin du conflit est inéluctable. Il persuade alors les Athéniens de se réfugier derrière les longs murs qui relient la ville à ses ports, de manière à ce qu'Athènes, transformée en forteresse, puisse se ravitailler par la mer. Tandis que dans le même temps la cité, grâce à sa flotte, ruine les côtes ennemies et finira même par s'emparer d'Égine en 430.

 

   En avril 431, Platées, alliée d'Athènes est attaquée et écrasée par Thèbes. En 430, Potidée est forcée de capituler devant Athènes. Pendant les années qui suivent, Sparte et ses alliés continuent d’attaquer l'Attique sans remporter de succès décisif. Fin 430, une épidémie de peste (ou typhus ?) décime près de la moitié de la population d'Athènes. Périclès qui venait d'être élu stratège pour la 15e fois figurant parmi les victimes.

 

   En 427, Athènes envoie une expédition punitive à Mytilène sur l'île de Lesbos, qui voulait quitter Ligue de Délos. Ses murailles sont rasées et les autres cités de l'île passent sous domination Athénienne. Un autre succès d'Athènes, en 425, est la prise de Pylos (Sur la côte ouest de la Messénie). À la mort de Périclès, Athènes s'est divisée en deux camps : Celui de Nicias qui veut une guerre défensive et veut continuer d’appliquer la tactique de Périclès, en évitant les combats terrestres et celui de Cléon (Stratège en 424), qui lui prêche pour l'attaque.

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Buste de Thucydide -

 Musée royal de l'Ontario

Périclès - Musée Pio-Clementino

   Durant l'été 424, les Athéniens décident une invasion de la Béotie.                                           L'opération devait se dérouler en trois phases : Dans un premier temps des partisans dans les villes de Chéronée et Siphes devaient soulever la population contre l'autorité en place. Dans un deuxième temps, le soulèvement était consolider par l'arrivée d'une flotte Athénienne. Enfin, dans un troisième temps, les Athéniens prenaient Délion (Ville de la côte de Béotie près de la frontière de l'Attique), qu'une importante armée était chargée de fortifier.

  

   Mais le projet, avorté par une trahison, ne donne aucun résultat et permet aux forces Béotiennes de se rassembler et d'aller au devant de l'armée Athénienne. La bataille de Délion au début de l'hiver 424 (Pour plus de détails voir La Bataille de Délion - Wikipédia), est une défaite pour Athènes, qui perd aussi sa position fortifiée et tout espoir de reconquête de la région. Dans le même temps, le général Spartiate, Brasidas secourt Mégare assiégée par les Athéniens. Puis, la même année, il surprend ses adversaires par une manœuvre rapide qui lui permet de traverser la Grèce et de s'emparer d'Amphipolis en Thrace. Une trêve d'un an est alors conclue entre Athènes et Sparte. À la fin de la trêve, alors que les Athéniens essayaient de reprendre Amphipolis, Cléon se fait tuer et son armée est défaite par Brasidas qui meurt aussi dans la bataille.

 

   Finalement, en 421, Athènes signe la paix avec ses adversaires, "La Paix de Nicias". Cet accord, qui doit durer cinquante ans, est plus un compromis et ne règle aucun problème. C'est un succès pour Athènes, qui conserve son empire intact tandis que ses ennemis sont divisés, car cette paix n'est conclue qu'entre Athènes et Sparte.

  

   Corinthe, Mégare et Thèbes refusent de la voter, car elle permet à Athènes de garder ses prétentions territoriales et aux deux nouveaux "alliés" de se mettre d'accord pour modifier le traité comme ils souhaitent, sans en référer à la Ligue du Péloponnèse. La cité d'Argos crée alors sa propre ligue concurrente de la Ligue du Péloponnèse qui entraîne la désagrégation de cette dernière. Les Athéniens, sous l'influence d'Alcibiade (450-404), s'allient avec Argos, Élis et Mantinée, en conflit avec Sparte. En 418, les alliés attaquent Épidaure et avancent sur Tégée. Sparte est obligé de faire mouvement contre eux et remporte une grande victoire à la bataille de Mantinée. Argos abandonne alors l'alliance avec Athènes qui se retrouve de nouveau isolée. En 416, pourtant la cité attaque et ravage l'île de Mélos, qui était restée neutre, mais s'était montrée amicale envers Sparte.

 Pour plus de détails voir : La Bataille de Mantinée - 418 - (Wikipédia).

 

 Alliances  pendant  la  Guerre  du  Péloponnèse

 

La Macédoine Pella et Aïgaï L'Epire Dodone et L'Epire Delphes Thèbes L'Eubée et Thèbes Mégare Corinthe La Messenie Sparte Crête Délos Athènes et l'Attique La Thrace Argos Lesbos Mythilène La Carie Ephèse Erythrée Milet Samos La Thessalie Rhodes Epidamne Cos Pylos Colophon L'Ionie La Lydie Chios Halicarnasse

 

Cliquez sur un nom de ville ou de région

                            

   En 415, poussée par son ambitieux dirigeant Alcibiade, Athènes lance une expédition en Sicile pour conquérir Syracuse et l'île, expédition à laquelle Nicias s'opposait. Le prétexte invoqué par Athènes est la réponse à l'appel de Ségeste, qui en 416 avait été attaquée par Sélinonte et Syracuse. En réalité, l'expédition est surtout montée pour contrer la puissance grandissante de Syracuse et s'assurer d'un contrôle total de la mer, surtout qu'à cette époque Athènes avaient des problèmes d'approvisionnements en blé du fait des défections de certains de ses alliées. L'expédition, qui part en juin 415, est sous le commandement de Nicias, Alcibiade et Lamachos (Stratège en 435). Cependant, durant la campagne, Alcibiade est mis en cause dans le scandale des Hermès (ou Hermai) mutilés (L'affaire des Hermocopides).

  

   Athènes dépêche un vaisseau pour le ramener dans la cité, mais Alcibiade s'enfuit alors à Sparte. Dans le même temps Syracuse fait appel à Corinthe et Sparte à son secours. Alcibiade convainc les Spartiates de la nécessité d'envoyer des renfort à Syracuse contre les Athéniens et d'occuper Décélie (Dème de l'Attique). Les Spartiates reprennent alors l’offensive en Attique. Ils seront aidés en 413 par la Perse. En Sicile, Lamachos est tué et Nicias reste seul à la tête de l'expédition. En octobre 414, L'armée Athénienne, face au général Spartiate Gylippos, ne parvient pas à prendre Syracuse et la flotte se trouve même emprisonnée dans la rade. Athènes envoie alors une force de secours commandée par Eurymédon. En août 413 la flotte Athénienne est presque anéantie à la bataille des Épipoles, puis l'armée est battue sur terre. Les Athéniens perdent plus de 200 bateaux et 50 000 hommes, dont 7 000 sont fait prisonniers enfermés dans les Latomies (Catacombes) puis vendus comme esclaves et les autres sont massacrés devant Syracuse.  

 

Poterie représentant la Guerre

du Péloponnèse

 Pour plus de détails voir : L'expédition de Sicile - (Wikipédia)

   

   L'impopularité d'Athènes grandit et seules restent fidèles les cités de Lesbos et Samos qui offre asile à une nouvelle flotte Athénienne. En 412, les cités d'Ionie abandonnent la Ligue de Délos. À Athènes, en 411, un coup d'État renverse le gouvernement La boulê et le remplace par une oligarchie appelée Le régime des Quatre Cents. Les Quatre Cents demandent la paix à Sparte. Mais l'armée et la flotte refusent de reconnaître le changement et au bout de quatre mois d'existence, le régime oligarchique est renversé. Malgré la défection d’un grand nombre de ses alliés, Athènes résiste vaillamment pendant plusieurs années. L'Eubée se soulève et les Spartiates remportent une victoire navale à Érétrie.

 

   Athènes rappelle alors Alcibiade qui remporte trois victoires navales contre les Spartiates à Cynosséma, Abydos en 411 et en 410 à Cyzicus (ou Cyzique). Athènes refuse alors la proposition de paix de Sparte. Alcibiade reprend le contrôle des Détroits. En 409, il assiège et prend Byzance, mais il est de nouveau exilé après la défaite de Notion. Il se réfugie auprès du Satrape Perse de Lydie Tissapherne et meurt en exil, assassiné sur l’ordre du Satrape Perse de Bithynie Pharnabaze. Les Spartiates demandent de l'aide au Roi Perse Darius II (423-404), qui envoie son fils, le Prince Cyrus le Jeune. Celui-ci accorde au Navarque Spartiate Lysandre une importante aide financière. En 406, l'arrivée de la flotte de la Ligue du Péloponnèse en Ionie et en Hellespont va réduire l'Empire Athénien à néant.

 

                                                                                             Représentation d'une Pentacontère de Sparte

 

Copie d'un buste

d'Alcibiade -

Musées du Capitole

 

 

            Le général Spartiate Callicratidas, successeur de Lysandre, bat Conon. Athènes trouve un second souffle et promet la citoyenneté aux métèques et aux esclaves. Elle constitue une flotte qui bat Callicratidas à la Bataille des îles Arginuses (Entre Lesbos et la côte de l'Asie Mineure, près d'Éphèse). Lysandre reprend le commandement de la flotte Spartiate. Athènes est ruinée et à du mal à armer une petite flotte qui prend position dans l'Hellespont afin de se garantir la route du blé venant de Mer Noire.

                                                    Mais en septembre 405, elle est surprise et écrasée à d'Aigos Potamoi (ou Aegos Potamos, cité en Chersonèse de Thrace, aujourd'hui la presqu'île de Gallipoli) par le Spartiate Lysandre. Toutes les cités restées fidèles à Athènes lui font défection et se soumettent à Lysandre (Sauf Samos). Les dernières sources de ravitaillement d'Athènes disparaissent et elle tente de résister en offrant le droit de cité aux Samiens (Habitants de Samos) et consolide ses fortifications. Mais elle est soumise au blocus terrestre et maritime. Finalement, en avril 404, la famine contraint Athènes à capituler sans condition.

 

                                                    Les clauses du traité de paix sont très humiliantes pour les Athéniens, mais la ville évite le pire. Thèbes et Corinthe demandent qu'Athènes soit rasée, mais Sparte s'y oppose et se contente de la saisie du reste de la flotte et exige juste la destruction des murailles qui protégeaient la vile. La défaite d'Athènes instaure une hégémonie totale de Sparte en Grèce. Une Oligarchie Les 30 Tyrans, qui soutenait Sparte et dirigée par Critias (Homme politique et Sophiste Athénien, v.455-403), va imposer alors un règne de terreur aux Athéniens. Après cette longue guerre l'Attique est dévastée que ce soit matériellement ou sur le plan économique. Le traité de paix stipulait qu'Athènes adhère à la Ligue du Péloponnèse, que sa flotte soit transmise à Sparte et qu’elle change de régime politique. Il s’agira du gouvernement Des Trentes Tyrans dont Aristote (384-322, philosophe Grec) traite aux chapitres 35 et 36 de "la Constitution d'Athènes".

 

 

 

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Ligue  du  Péloponnèse

Les Quatre-Cents

 

   Le terme "Ligue du Péloponnèse" est une expression contemporaine, à l'époque les membres étaient appelés "les Lacédémoniens (Sparte) et leurs alliés". Cette logue fut constituée dans un but défensif à la fin du VIe siècle et dura jusqu'aux invasions Thébaines de 370-369. Les cités membres furent indépendantes (autonomia) et contrairement à la Ligue de Délos ne payaient aucun tribut (phoros). L'assemblée fédérale se réunissait généralement à Sparte. La ville prit également le commandement de toutes les forces alliées, y compris sur mer, malgré les prétentions des cités, comme Corinthe. Chaque cité disposait d'une voix. Sparte n'avait qu'une voix comme les autres, mais la cité avait une très grande influence. Les décisions étaient prises à la majorité. Toutes les cités restèrent fidèles à Sparte, sauf pendant la Guerre du Péloponnèse ou certaines refusèrent le traité de paix avec Athènes (Paix de Nicias), mais après la victoire de Mantinée, la ligue se reconstitua. 

                                                                                                                            Voir  à  Sparte....

 

 

 

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Les Quatre-cents

Les 30 Tyrans

 

   Aristote (384-322, philosophe Grec) est le fondateur d’une école, le Lycée en 335 et de la pensée politique. Avec ses élèves ils ont rédigé 158 Constitutions de cités Grecques regroupées sous la forme de traité intitulé "la Politique". C’est entre 329 et 322 qu’il rédige "la Constitution d'Athènes", qui se compose de deux parties. Aristote y traite aussi de la fin de la Guerre du Péloponnèse et de la guerre de Décélie (Dème de l'Attique, 413-404). Tant que les chances pendant la guerre sont restées égales, les Athéniens ont conservé le régime démocratique, mais après le désastre de Sicile, l'avantage est revenu aux Lacédémoniens et dans ce contexte d'invasion imminente, les Athéniens profondément démoralisés remettaient en cause leurs institutions. Ils étaient prêts à en changer pourvu qu'ils puissent éviter la défaite face à Sparte, ce qui les a forcés à renverser le régime. À Athènes, une commission de dix probouloi (Dont Sophocle) a été mise en place à l'hiver 413 pour expédier les affaires courantes.

 

   C'est à ce moment qu'Alcibiade (450-404), réfugié auprès du Satrape Perse de Lydie Tissapherne, fait une proposition aux stratèges stationnés à Samos : Les Perses accorderont des appuis financiers si la cité change sa politeia (Constitution). Un envoyé est dépêché pour porter la nouvelle à Athènes. Sceptiques, les Athéniens rejettent la proposition de Tissapherne qui a noué des contacts avec Sparte.

   Mais, la nouvelle s'est répandue et des chefs démocrates, comme Androclès, sont assassinés. Un climat oppressant s'installe. Les dix probouloi sont élargis à vingt et l'on décide la tenue de l'assemblée non sur la Pnyx (Colline d'Athènes), mais à Colone. En 411, un coup d'État renverse le gouvernement La boulê et le remplace par une oligarchie appelée Le régime des Quatre Cents.

   

 

   C'est Pythodoros, fils d'Épizélos qui fit la proposition et Mélobios qui prononça le discours avant le vote du décret, mais ce qui décida définitivement l'assemblée, ce fut la proposition d'Alcibiade, même si les Athéniens n'étaient pas sur de sa véracité. Il était évident pour eux que le Roi de Perse Darius II (423-404) se porterait bien plus volontiers du côté des Athéniens, s'ils établissaient un gouvernement oligarchique. Voici le décret de Pythodoros :

 

"Le peuple élira vingt autres commissaires, en outre des dix qui sont déjà en fonctions. II les choisira parmi les citoyens âgés de plus de quarante ans et leur fera prêter le serment de s'entendre pour le salut de la cité et de rédiger la constitution qu'ils jugeront la meilleure. Il sera également permis à tout citoyen de faire des propositions par écrit, afin que les commissaires prennent les meilleures décisions possibles. Les commissaires désignés devront aussi rechercher, pour les examiner, les lois que Clisthène a établies pour nos ancêtres, quand il a fondé la démocratie, afin que, s'inspirant aussi de ces lois, ils fassent dans leurs délibérations en tout pour le mieux".

 

   Les commissaires de l'assemblée décidèrent tout d'abord que les prytanes seraient tenus de mettre aux voix toutes les propositions faites en vue du salut public. Puis ils supprimèrent toutes les accusations d'illégalité (graphê paranomôn), les dénonciations (eisangelia) de haute trahison et les citations en justice (prosklêsis), afin que tous les Athéniens de bonne volonté puissent prendre part aux  délibérations.  Quiconque  frapperait un orateur d'une amende ou

le citerait en justice ou le ferait comparaître devant un tribunal, serait poursuivi par voie de délation sommaire, saisi et traîné devant les stratèges. Ceux-ci remettraient le coupable aux Onze, qui le puniraient de mort. Le régime réduisait le nombre de citoyens à 5000, remplaçait la Boulê des 500 par 400 membres, supprimait le misthos (Indemnité versé au citoyen pour le temps qu'il consacre à la vie politique) et les magistratures.

 

   Après avoir pris ces mesures, ils établirent la constitution que voici :

"Défense d'employer les revenus de la cité à d'autres dépenses qu'à celles de la guerre. Tant que la guerre durera, les magistrats ne toucheront aucun salaire, excepté les neuf archontes et les prytanes qui se succéderont à la présidence. Ceux-ci toucheront chacun trois oboles par jour. Pour les droits politiques, en jouiront tous les Athéniens qui seront le mieux en état de servir la cité, de leur personne et de leur argent et leur nombre ne sera pas inférieur à 5 000, au moins tant que durera la guerre. Les 5 000 auront, entre autres droits, celui de conclure des traités avec qui ils voudront. On élira un conseil de quatre cents membres, soit quarante dans chaque tribu âgés de plus de quarante ans, qui dresseront la liste des 5 000, après avoir prêté serment sur les chairs d'une victime parfaite. Les Cinq Mille éliront ensuite en leur sein cent citoyens, chargés de rédiger la nouvelle constitution. Ce conseil est chargé de remplacer la Boulê tous les magistrats en exercice devant démissionner."

   Le peuple la ratifia la constitution, sous la présidence d'Aristomachos et l'ancien Conseil fut dissous le 14 Juin (Thargélion) avant d'avoir achevé son année. Le 22 du même mois, les Quatre Cents entrèrent en fonctions (juin 411).

 

   Choisis pour mener à bien la guerre, les Quatre Cents se retrouvent rapidement confrontés à des difficultés. Leurs négociations avec les Perses n'aboutissant pas ils demandent alors la paix à Sparte. Dans le même temps, l'armée et la flotte de Samos apprennent le coup d'État oligarchique qui s'est déroulé à Athènes. Ils refusent de reconnaître le changement et ils destituent leurs stratèges, soupçonnés d'être oligarques et en nomment de nouveaux, parmi lesquels Thrasybule (445-388) et Thrasylos. Thrasybule convainc les soldats de ne pas retourner  à Athènes et  de rappeler Alcibiade afin de poursuivre leurs

opérations contre Sparte. À Athènes, les Quatre Cents sont soumis à des divisions. Une faction modérée, menée par Théramène, souhaite revenir à une oligarchie en rendant le pouvoir aux Cinq Mille. Une autre, les oligarques extrémistes sont prêts à tout pour rester au pouvoir. Finalement, au bout de quatre mois d'existence, après la révolte de l'Eubée, les hoplites se rebellent. Le régime oligarchique est renversé à la fin de l'été 411 et les démocrates réfugiés à Samos avec le stratège Thrasybule restaurent la démocratie.

 

   Les Quatre-cents sont remplacés par les Cinq Mille. Leur action est mal connue et dès la fin de 411, le Conseil des Cinq Cents est rétabli. Phrynichos, meneur des extrémistes est assassiné. Plusieurs citoyens sont arrêtés et exécutés sans jugement et leurs biens sont confisqués. En 407, Athènes perd la bataille à Notion contre Sparte, puis, en 405, perd la bataille navale d'Aigos Potamoi (ou Aegos Potamos). Sparte détruit la flotte d'Athènes ainsi que ses fortifications. Un traité de paix stipulait qu'Athènes adhère à la Ligue du Péloponnèse, que sa flotte soit transmise à Sparte et qu’elle change de régime politique. Il s’agit du gouvernement des Trente dont Aristote traite aux chapitres 35 et 36. En 405, une mesure d'amnistie en faveur des soldats qui s'étaient montrés loyaux aux Quatre Cents viendra clore le chapitre de cette mini "révolution".

 

 

HAUT de PAGE                                         Les Trente Tyrans

  

   Aristote (384-322, philosophe Grec) est le fondateur d’une école "le Lycée" en 335 et de la pensée politique. Avec ses élèves ils ont rédigé 158 Constitutions de cités Grecques regroupées sous la forme de traité intitulé "la Politique". C’est entre 329 et 322 qu’il rédige "la Constitution d'Athènes", qui se compose de deux parties. Aristote y rappelle aussi de la fin la Guerre du Péloponnèse et celle de Décélie (Dème de l'Attique, 413-404). Il traite aux chapitres 35 et 36 de ce gouvernement oligarchique composé de trente magistrats appelés "les 30 tyrans", qui succède à la démocratie Athénienne en 404 à la fin de la Guerre du Péloponnèse et ce pour moins d'un an. Cette constitution est imposée aux Athéniens par le Navarque Spartiate Lysandre après la reddition d'Athènes. Elle est négociée, en 404, par l'un des futurs Trente Tyrans, Théramène. L'auteur du décret est Dracontidès d'Aphidna. L'ecclésia (L'assemblée du peuple Athénien) s'est opposée à ce régime, mais les Trente avec l'appui d'une garnison Spartiate, commandée par Critias (Homme politique et Sophiste Athénien, v.455-403, cousin de Platon) imposent un régime de terreur, ne réservant les pleins droits de citoyens qu'à leurs 3000 partisans. Parallèlement, les métèques sont arrêtés et leurs biens confisqués.  

 

   Le gouvernement des Trente est établit sous l'archontat de Pythodoros. Une fois maîtres de la ville, sans tenir compte de la décision prise au sujet des institutions politiques, ils recrutent un Conseil de 500 membres et les autres magistrats parmi les 5 000 citoyens désignés par l'élection. Les trente s'adjoignent ensuite 10 archontes pour le Pirée, 11 geôliers et 300 gardes armés de fouets. Au début ils font preuve de retenue à l'égard des citoyens et donnent l'impression de vouloir préserver les traditions politiques des ancêtres. Ils abolissent toutes les lois de Solon  (Homme politique Athénien,

640-558) dont l'interprétation prêtait aux discussions et enlèvent ainsi aux juges le droit de trancher souverainement les contestations. Ainsi la loi qui autorisait tout Athénien à disposer de ses biens en faveur de qui il voulait, est mise en vigueur sans aucune restriction. Les  réserves, comme : À moins qu'il ne jouisse pas de sa raison, ou qu'il soit affaibli par la vieillesse, ou qu'il agisse sous l'effet du poison ou de la maladie, ou sous l'influence d'une femme, sont supprimées. Le même esprit les guident dans la révision des autres lois.

 

 

   La cité se réjouissait de ces mesures et l'on croyait que les trente n'étaient animés que par le désir de bien faire. Mais lorsqu'ils ont senti leur pouvoir assuré dans la ville, leur politique changea. Ils n'eurent plus d'égard pour aucun citoyen et il se mirent à instaurer un régime de terreur. Ils massacraient tous ceux que leur fortune, leur naissance ou leurs titres mettaient en avant. Autant pour s'enlever tout sujet qui aurait pu monter une conspiration que pour récupérer leurs biens. En peu de temps ils n'exécutèrent pas moins de quinze cents personnes.

 

  Athènes s'écroulait et ses exécutions menaient à des dissentiments au sein des Trente, entre Critias extrémiste et Théramène (Mort en 404), qui prônait la modération. Théramène, outré de la conduite des Trente, les engage à cesser leurs violences et à admettre les meilleurs citoyens aux affaires. Les Trente dans un premier temps refusent, mais l'intervention de Théramène est connue du peuple, que les Trente savaient disposé envers Théramène. La crainte que ce dernier ne devienne le chef du parti démocratique et qu'il renverse leur pouvoirs absolu leur fait changer d'avis. Ils informent Théramène qu'il vont dresser une liste de 3 000 citoyens, auxquels ils vont donner des droits politiques. Théramène les blâme une nouvelle fois de cette mesure car il souhaitait que les Trente appellent plus de 3 000 citoyens comme des non citoyens fortunés. Les Trente ne tiennent aucun   compte   de  son   avis   et   pendant   longtemps   ils différèrent la confection de la liste.

  Puis ils envoient des députés à Sparte pour accuser Théramène et demander du secours. Les Lacédémoniens acceptent leur demande et expédient l'harmoste (Magistrats Spartiate chargés de gouverner les garnisons) Callibios avec 700 soldats qui, dès son arrivée, occupe l'Acropole. Critias et les trente organise alors la fin de Théramène. Ils présentent au Conseil deux lois qu'ils soumettent à son approbation : L'une donne aux Trente le droit absolu de mettre à mort ceux des citoyens qui ne seraient pas sur la liste des 3 000 et l'autre, tout aussi incroyable, refusait tous droits politiques dans la Constitution actuelle à tous ceux qui avaient fait acte quelconque d'opposition aux Quatre Cents, fondateurs de la première oligarchie. Or, Théramène avait fait l'un et l'autre, de sorte qu'une fois les deux lois ratifiées, il s'est trouvé à la merci des Trente, qui en 404, l'ont fait mettre à mort, condamné à boire la ciguë. Après la mort de Théramène, les Trente ont retiré les armes à tous les citoyens, excepté aux 3 000 et ré instauré la terreur avec encore plus de cruauté.

 

    Dans le même temps, les Athéniens de Phylé (Forteresse de l'Attique, au Sud du mont Parnès) prennent Munichie (Port de la marine de guerre) et battent l'armée de secours que les Trente avaient envoyée. Dans la bataille Critias est tué ainsi qu'un de ses collègue, Charmide, (Oncle de Platon). Rentrés à Athènes, les Athéniens de Phylé se réunissent le lendemain à l'Agora. Ils abolissent le gouvernement des Trente qui s'installent alors à Éleusis, dont ils massacrent les habitants et élisent un comité de dix citoyens munis des pleins pouvoirs pour terminer la guerre. Mais les Dix, à peine installés, ne remplissent aucun des devoirs pour lesquels ils avaient été élus. Ils envoient des députés à Sparte pour demander du secours et emprunter de l'argent. Leur conduite irrite le peuple qui se soulève. Les Dix qui craignaient d'être renversés, décident de ré appliquer  la terreur dans la cité.

 

   Ils se saisissent de Démarétos, un des premiers citoyens et le mettent à mort. Puis ils se maintiennent au pouvoir avec le concours de Callibios et de la garnison Péloponnésienne. Les Athéniens de Phylé, maîtres du Pirée et de Munichie, voient tout le parti démocratique passer de leur côté. Ils renversent les dix commissaires précédemment élus et on en nomme dix autres, choisis parmi les citoyens qui paraissaient les meilleurs. Dans le même temps, Lysandre est désavoué par Sparte. Refusant une nouvelle dérive tyrannique, le Roi de Sparte Pausanias I (409-395), soutient le nouveau parti démocratique mené par Thrasybule et arrive alors avec des négociateurs, pour établir la paix. En janvier 403, après sept ou huit mois de pouvoir, la démocratie est rétablit par Thrasybule, au grand soulagement de la population. Elle se fait sous le signe de la modération politique et un accord comprend une mesure d'amnistie générale, interdisant à quiconque de rappeler le passé sous peine de mort : "Nul n'aura le droit de reprocher le passé, sauf aux Trente, aux Dix, aux Onze et aux anciens gouverneurs du Pirée, ni même à ceux-ci après leur reddition de comptes".

 Pour plus de détails voir : Aristote, La constitution d'Athènes - (Remacle.org).

 

 

 

 

 

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