Les grandes batailles de l'antiquité :
Bataille du Granique -
Bataille d'Issos
 

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Sommaire
 

Présentation
Le contexte et prélude
La tactique et les effectifs
Le déroulement
Bibliographie

Bataille  du  Granique

Mai
334

 

Présentation

 
   La bataille du Granique (ou Granicos ou Naumachia tēs Granikos, en Grec : Ναυμαχία της Γρανικός, en Latin : Granicus) fut une bataille qui se déroula en Mai 334. Elle eut lieu dans le Nord-ouest de l'Asie Mineure, près du site de Troie, sur la route d'Abydos, sur les rives du fleuve Granique (aujourd'hui Biga Çayı), fleuve côtier dans la province de Çanakkale qui prend sa source sur les flancs du Mont Ida. Ce fut la première grande confrontation entre l'armée Macédonienne, sous le commandement Roi Alexandre le Grand (336-323), et l'armée Perse Achéménide composée également de mercenaires Grecs dirigés par Memnon de Rhodes (ou Memnôn de Rhodes, en Grec : Μέντωρ ὁ Ῥόδιος, v.380-333). Alexandre remporta la victoire contre les Satrapes Perses ce qui lui ouvrit les portes de l'Asie Mineure. Cet affrontement fut le premier d'une série de trois victoires des Macédoniens contre les Perses.


 

Le passage du Granique - Charles Le Brun (1619–1690) -
Musée du Louvre

 
Le contexte et prélude

 
   Après l'assassinat du Roi de Macédoine Philippe II (359-336) et la consolidation des positions Macédoniennes par son fils Alexandre le Grand (336-323) qui lui succéda, ce dernier, se prépara à concrétiser le rêve de son père, la conquête de l'Asie Mineure aux mains des Perses. Après la mort de Philippe II, plusieurs territoires nouvellement conquis désiraient profiter de la faiblesse perçue du nouveau jeune Roi. Dans ces nations on trouvait les Illyriens, les Thraces et des cités Grecques. Alexandre dut prouver la force de son règne avant de partir pour son expédition contre les Perses et écraser plusieurs rébellions naissantes au sein de la Grèce et des tribus du Nord.
 
   Au printemps 334, grand maître de toute la Grèce, il débuta son expédition. Il s’entoura d’excellents Généraux comme : Antigonos, Antipatros (ou Antipater) Lysimaque, Perdiccas, Ptolémée, Séleucos. Ayant laissé la régence à Antipatros, avec 9.000 fantassins et 1.500 cavaliers pour maintenir le contrôle sur les acquits Macédoniens en Europe, il partit de sa capitale Pella et, en vingt jours, il atteignit Sestos en Chersonèse de Thrace. Tandis que Parménion fut chargé par le Roi de transporter l’armée à Abydos sur l’Hellespont, Alexandre se dirigea vers Éléonte où il rendit sacrifice au premier héros Protésilas, tombé lors de la guerre de Troie. Puis, les Macédoniens traversèrent l'Hellespont avec une immense armée entre 40.000 et 37.000 hommes, le tout sous le commandement de Parménion et ils débarquèrent en Troade.
 
   Il semble que le Roi Perse, Darius III (336-330), ne prit pas conscience de l'importance du débarquement, il n'intervint pas durant la traversée. De plus il confia la direction de cette guerre à venir à ses Satrapes d'Asie Mineure et chef des Mercenaires. Ce dernier, Memnon de Rhodes, était partisan d'une politique de la terre brûlée face aux Macédoniens. Conscient de l'infériorité de l'armée Perse, il proposa d'entraîner les troupes d'Alexandre vers l'intérieur du pays, tandis que la flotte Perse porterait la guerre jusqu'en Macédoine. Memnon espérait également une révolte des cités Grecques, appuyée par l’or de Darius III et sur la haine que certaines avaient contre Alexandre à la suite du saccage de Thèbes.

  

La tactique et les effectifs

 
   Les Satrapes, Spithridatès de Lydie, Atizie et Arsitès de Phrygie et Mitrobarzanès de Cappadoce, méfiants envers un étranger et confiants dans leur cavalerie, préférèrent livrer immédiatement bataille. Ils concentrèrent alors en Troade toute leur armée renforcée par les cavaliers et fantassins de Memnon et tinrent conseil, sans pour autant désigner un Général en chef. Après son pèlerinage à Éléonte Alexandre rejoignit le gros de ses troupes à Abydos et se dirigea vers Dascylion (Sur les rives de la Propontide, à l’embouchure du fleuve Rhyndacos) pour se porter à la rencontre de l'armée Perse qui lui barrait la route sur les rives du Granique (Aujourd'hui Biga Çayı), près du village actuel de Çınarköprü Köyü). Sa rive droite escarpée formait un obstacle naturel, c'est là, au mois de Mai 334, que s'installa l'armée Perse sur une hauteur qui dominait la rive droite du Granique.
 


 

Alexandre III le Grand -
British Museum

   Le plan de Memnon était que l'armée Perse détruise toute réserve de nourriture et moyens de sa production dans les villages où Alexandre aurait à passer. Cela rendrait plus difficile pour lui et son armée de survivre à un long voyage avant la bataille. Les Satrapes avaient eu deux objectifs majeurs, d'abord, ils essaieraient de forcer Alexandre vers une position de leur choix avant de pouvoir continuer sur l'intérieur des terres, et deuxièmement, ils espérait être en mesure d'être dans une position défensive qui minimiserait l'avantage de l'infanterie du Macédonien. C'est pourquoi dans un premier temps ils avaient décidé d'avancer jusqu'à la rivière Granique, qui serait un obstacle pour Alexandre et son armée. Les Perses espéraient que l'armée Macédonienne ne pourrait pas tenir la formation, ce qui paralyserait gravement son efficacité. Ils attendaient donc l'arrivée des Macédoniens avec toute leur cavalerie dans une ligne de front.
 
   En ce qui concerne les effectifs des deux côtés on trouve différents chiffres en fonction des auteurs. Côté Macédoniens on retrient en général : 32.000 soldats d'infanterie (Mais les chiffres de 37.000, 40.000 voire 47.000 sont courants) dont : 12.000 (3.000 hypaspistes, 9.000 phalangistes) ou 13.000 Macédoniens, 7.000 (ou 4.300) alliés, 5.000 mercenaires, 7.000 Odryses, Triballiens et Illyriens et 1.000 archers) et 5.100 Cavaliers (Mais les chiffres de 4.000 et 5.500 sont courants) dont 1.800 Macédoniens, 1.800 Thessaliens, 600 autres Grecs et 900 Thraces et Péoniens.
 
   Côté Perse ce n'est guère plus précis, on retient : 30.000 (ou 40.000) fantassins (dont 10.000 mercenaires Grecs ou 9.500 peltastes et 16.000 hoplites Grecs) et 10.000 (ou 15.000 ou 16.000) cavaliers (5.000-6.000 mercenaires). La cavalerie Perse était au premier rang, commandée par le Satrape Arsitès de Phrygie, afin de charger les Macédoniens qui tenteraient de traverser le fleuve. Les mercenaires Grecs furent positionnés en retrait, sur la partie la plus haute du terrain.

 

Le déroulement

 
   Selon Arrien (ou Lucius Flavius Arrianus Xénophon ou Arrien de Nicomédie, historien Grec et philosophe de l'époque Romaine, v.85-v.145) Alexandre le Grand rencontra les Perses le troisième jour de Mai à Abydos. Le Roi avait choisi comme Commandant en second, Parménion. Ce dernier préconisait la prudence et proposa de traverser la rivière en amont et d'attaquer les Perses à l'aube le lendemain. Mais Alexandre refusa car il voulait attaquer immédiatement. Sa raison était que si les Perses avaient l'avantage de la position, en choisissant de combattre en fin d'après-midi, il les obligeait à combattre face au soleil et ainsi à être éblouis. Cette tactique prit les Perses au dépourvu. La ligne Macédonienne était constituée avec la lourde Phalange au milieu et sa cavalerie de chaque côté. Alexandre était avec les "Compagnons" sur le flanc droit.
 
   Les Perses attendaient l'assaut principal à venir partant de la position d'Alexandre et déplacèrent des unités de leur centre à ce flanc. La bataille commença avec la cavalerie et l'infanterie légère de la gauche Macédonienne, du côté de la ligne de bataille de Parménion. L'escadron de cavalerie était dirigé par l'officier Ptolémée (Ne pas confondre avec Ptolémée I le futur Roi d'Égypte, 305-282). Les Perses renforcèrent fortement ce côté et arrivèrent à repousser l'assaut, mais à ce moment, Alexandre conduisit les Compagnons de sa cavalerie dans la charge et écrasa le centre de la ligne Perse. Ces derniers contre attaquèrent avec une escadre de cavaliers issus de la noblesse, et les récits montrent que, dans la mêlée, plusieurs nobles Perses de haut rang furent tués par Alexandre lui-même ou ses gardes du corps.


 

Le passage du Granique - Francesco Fontebasso - Avant 1769-
Musée de Brou, Bourg-en-Bresse

 
   Dans cette mêlée, le Roi fut assommé par un coup de manche de hache d'un noble Perse nommé Rhosacès (ou Rhosakes). Un second noble, le Satrape de Lydie Spithridatès, tenta d'attaquer Alexandre par derrière alors qu'il était encore sous le choc, cependant, il fut lui-même tué par Cléitos (ou Cleithos v.375-328, officier surnommé "Le Noir") ce qui permit au Roi de récupérer. Selon Arrien, Cléitos lui aurait tranché le bras, tandis que pour Plutarque (Philosophe, biographe et moraliste Grec, 46-v.125), il l’aurait transpercé de sa lance ?.
 
   Dans son récit de la bataille, Diodore de Sicile (Historien Grec, v.90-v.30) le confond et raconte l’épisode de la main tranchée au sujet de Rhosacès (ou Rhosakes), frère de Spithridatès. À ce moment la cavalerie Grecque manœuvra sur la gauche et commença à envelopper la cavalerie Perse, qui était engagée avec le côté gauche de la ligne Macédonienne. Une brèche se créa dans la ligne de bataille et l'infanterie Macédonienne chargea l'arrière de l'infanterie Perse. La phalange Macédonienne attaqua ensuite les mercenaires Grecs de Memnon de Rhodes.
 
   Avec beaucoup de leurs dirigeants déjà morts et leur infanterie en déroute, les deux flancs de la cavalerie Perse se retirèrent, en voyant l'effondrement du centre, beaucoup étant tué dans leur fuite. Le chiffre de 12.000 morts pour les Perses, dont 2.000 cavaliers et 10.000 fantassins, semble assez fiable, l'infanterie de mercenaires Grecs de Darius III ayant été volontairement anéantie par Alexandre. Seulement 2.000 des 20.000 mercenaires Grecs sous le commandement de Memnon furent épargnés. Ils avaient tenté de négocier une paix avec Alexandre, mais en vain. Ils furent envoyés aux travaux forcés dans les mines de Pangée. Comme dit plus haut, les cavaliers Perses s'enfuirent massivement, mais beaucoup d'officiers, dont les Satrapes Spithridatès et Mitrobarzanès, furent au nombre des victimes. Arsitès réussit à s'échapper, mais se sentant coupable de ce qui s'était passé, il se suicida peu après. Selon Arrien, les pertes totales pour les Macédoniens furent entre 300 et 400 hommes ce qui est complètement irréaliste, si l'on en juge par la violence de l'engagement et sûrement largement sous-estimé.
 
   Ce récit de la bataille d'Arrien est directement contredit par Diodore de Sicile qui fournit toutefois une description moins fiable. Il présente le déroulement ainsi : Il déclare que lorsqu'Alexandre apprit la concentration des forces Perses, il avança rapidement et après avoir traversé le fleuve il campa en face de l'ennemi, de sorte que le Granique coulait entre les campements, respectant en cela les conseils de Parménion. Diodore de Sicile s'inspire de Clitarque d'Alexandrie (Historien et rhéteur Grec du IVe siècle av.J.C.) qui aurait disposé de documents officiels Macédoniens tendant à dissimuler les désaccords stratégiques entre le Roi et son Général. Les Perses, reposant sur un terrain élevé, firent aucun mouvement, avec l'intention de tomber sur l'ennemi alors qu'il traverserait la rivière.
 
   Mais Alexandre, à l'aube fit rapidement traverser le fleuve à son armée, qu'il déploya en bon ordre avant que les Perses ne puissent l'arrêter. Ces derniers, voyant cela disposèrent leur cavalerie le long du fleuve, dans un espace étroit, et laissèrent les hoplites Grecs au pied des hauteurs voisines. Ils avaient peut-être décidé d'appuyer la bataille avec les troupes de Memnon de Rhodes et du Satrape de Cilicie Arsamès qui sur l'aile gauche avaient chacune leur propre cavalerie. Un autre Satrape Arsitès stationna à côté avec ses cavaliers de Paphlagonie, puis vint le Satrape de Lydie Spithridatès à la tête de la cavalerie Hyrcanienne sur l'aile droite complétée par 1.000 Mèdes et les 2.000 cavaliers Bactriens de Rheomithrès. En tout, la cavalerie s'élevait à plus de 10.000 hommes.

 

   D'après l'auteur, les fantassins Perses étaient pas moins de 100.000, mais ils se postèrent derrière la ligne et n'avancèrent pas avec la cavalerie pensant que celle-ci serait suffisante pour écraser les Macédoniens. Comment expliquer une telle disposition ?. On peut supposer qu'ils n'envisageaient pas une attaque immédiate et que l'absence d'un commandant en chef explique en grande partie leur manque de coordination. Toujours est-il qu'Alexandre comprit rapidement que sa cavalerie des "Compagnons" était la clef du succès, car l'infanterie ne pouvait traverser le fleuve sans courir le risque d'être anéantie par la cavalerie Perse. Il remarqua vite que celle-ci était trop proche de la rive et qu'elle ne pouvait donc pas se défendre sans que son infanterie n'abandonne sa position en hauteur. Il décida alors une violente attaque sur l'aile gauche des Perses, là où se trouvaient leurs principaux officiers.

   Le Roi, bien que son avant-garde fût repoussée par les archers adverses, se jeta dans le fleuve et chargea l'aile gauche de la cavalerie Perse à la tête de ses "Compagnons". Emporté par le courant, il se retrouva à attaquer à l'endroit où l'aile gauche ennemie rejoignait ses lignes centrales. Toujours d'après l'auteur, Alexandre abattit un gendre de Darius III d'un coup de lance au visage. Cependant, blessé, il ne dut la vie sauve qu'à l'intervention d'un de ses "Compagnons" Cléitos (ou Cleithos) qui abattit le Satrapes de Lydie, Spithridatès qui allait le tuer. Les cavaleries des Satrapes prirent la fuite, alors que les mercenaires Grecs de Memnon de Rhodes, sans ordres véritables, ne firent pas mouvement. Alexandre rompit ainsi le front adverse tandis que son infanterie montait à l'assaut et franchit le Granique en refoulant la cavalerie Perse sur son infanterie restée en arrière.

 
  Les cavaleries Thessalienne et Péonienne, commandées par Parménion, ne semblent pas jouer un grand rôle dans la bataille. Selon Arrien et Plutarque, la bataille était déjà remportée lorsque la cavalerie de Parménion traversa le fleuve. Selon Diodore de Sicile, la cavalerie de Parménion aurait lancé une attaque déterminante sur l'aile droite de l'armée Perse. Face à l'indécision des hoplites mercenaires Grecs, ce fut l'ensemble de l'armée Macédonienne, en avantage numérique après la fuite de la cavalerie Perse, qui monta à l'assaut et le combat fut d'une grande violence. Les récits d'Arrien et Diodore sur la bataille du Granique ne peuvent pas être conciliés et les historiens préfèrent généralement la version d'Arrien, bien que certains révisionnistes comme Peter Morris Green tentent de concilier les deux récits.
 
   À la fin de cette bataille, Alexandre fit enterrer les Commandants Perses et les mercenaires Grecs qui furent tués en combattant avec l'ennemi. Pour beaucoup la bataille du Granique se réduisit donc à un passage de rivière opéré par des troupes légères et lourdes mêlés avec une aile renforcée et dans un ordre oblique. L'erreur stratégique des Perses fut d'avoir adopté un ordre de bataille contraignant leur cavalerie à l'immobilité entre leur infanterie et le Granique. De plus il y eut une totale absence d'actions coordonnées entre l'infanterie et la cavalerie. Quant à Alexandre, il démontra son art de la manœuvre et le rôle considérable que jouait dans ses actions la mobilité, en particulier celle de sa cavalerie lourde.

 

Bibliographie

 
   Pour d'autres détails sur la bataille voir les ouvrages de :
   
Paul K.Davis :
- 100 decisive battles : From ancient times to the present, Oxford University Press, New York, 2001.
Alexander Demandt :
- Alexander der Große : Leben und legende, C.H. Beck, München, 2009.
Maurice Dessemond et Jean Lartéguy :
- Alexandre Le Grand : l'homme-dieu, Georges Naef, Genève, 2001.
Andrea Frediani :
- Les grandes batailles d'Alexandre le Grand, Newton Compton, 2004.
Peter Morris Green :
- Alexander of Macedon, 356-323 B.C. : A historical biography, University of California Press, Berkeley, 1991.
Robin Lane Fox :
- Alessandro Magno, Einaudi, Turin, 1981-2004- En Anglais, Alexander the Great, Penguin, London, 2005.
Phillip Harding :
- From the end of the Peloponnesian War to the battle of Ipsus, Cambridge University Press, Cambridge, New York, 1985.
Dominique Joly et Antoine Ronzon :
- La fabuleuse Histoire d’Alexandre le Grand, Collection : La fabuleuse histoire, Tourbillon, Paris, 2005.
Bertram Kanstinger :
- Alexanders Asienfeldzug bis zur schlacht am Granikos, Tectum-Verlag, Marburg, 2005.
David J.Lonsdale :
- Alexander, killer of men : Alexander the Great and the Macedonian art of war, Constable, London, 2004.
Rupert Matthews :
- Alexander at the battle of the Granicus : A campaign in context, Spellmount, Stroud, 2008.
Nikos Th.Nikolitsis :
- The battle of the Granicus, Lund : P. Astroöm, Stockholm, 1974.
Benjamin Pedersen :
- The gate of Asia - A study of the battle of the Granicus, 334 BC, Syddansk Universitet, cand.mag., Historie, Specialeopgave, Odense, 2013.
Jesse Russell :
- Battle of the granicus, Book On Demand Ltd, London, 2013.
Michael Thompson et Richard Hook :
- Granicus 334 BC : Alexander's first Persian victory, Osprey, Oxford, 2007.
John Warry :
- Alexander, 334-323 BC : conquest of the Persian Empire, Osprey, London, 1991.

 

 

Sommaire
 

Présentation
Le contexte et prélude
Les effectifs
Le déroulement
Bibliographie
Filmographie

Bataille  d'Issos 1 ou 5 ou 12
Nov. 333

 


 

La bataille d'Issos par Jan Brueghel
l'Ancien (1568-1625) - Musée du Louvre

Présentation

 
   La bataille d'Issos (ou Naumachia tēs Ιssos, en Grec : Ναυμαχία της Ισσού, en Latin : Issus) fut une bataille qui se déroula le 1er ou le 5 ou le 12 Novembre 333. Elle eut à 10 km. d'Issos, près de l'actuel İskenderun, plaine stratégique près de l'embouchure du petit fleuve côtier Pinaros (ou Pinarus), à l'Est dans la province actuelle Turque d'Hatay, près de la frontière avec la Syrie. L'identification de ce fleuve côtier pose problème mais il s'agirait bien de l'actuel Payas (Pajas). Ce fut une confrontation entre l'armée Macédonienne et de la Ligue Hellénique, sous le commandement du Roi Alexandre le Grand (336-323), et celle des Perses Achéménides, pour la première fois commandée par le Roi Darius III (336-330). L'armée Macédonienne remporta une victoire décisive sur l'armée Perses.
 

Le contexte et prélude

 
  Après sa victoire écrasante, en Mai 334, contre les Satrapes Perses et les mercenaires Grec dirigés par Memnon de Rhodes (ou Memnôn de Rhodes, en Grec : Μέντωρ ὁ Ῥόδιος, v.380-333) à la bataille du Granique, le Roi de Macédoine Alexandre le Grand (336-323) avait la porte ouverte pour envahir l'Asie Mineure aux mains des Perses. Il occupa toute la région, avec l'idée de prendre toutes les villes côtières de manière à annuler la puissance de la flotte Perse, largement supérieure à la sienne, mais qui serait privée de base. Cependant dès l'hiver, le Roi Perse Darius III (336-330) reprit l'initiative et commença à regrouper une armée à Babylone. Confiant dans ses capacités de stratège, il entendait affronter Alexandre en personne et faire sa jonction en Syrie avec le contingent des mercenaires Grec amenés par la flotte du Satrape Pharnabaze (ou Pharnabazus III, v.370-v.320), successeur de Memnon dans la défense de la mer Égée. 
 
   Au début de l’été 333 Alexandre apprit que Darius III marchait sur la Cilicie, il quitta alors Gordion. Il se rendit dans un premier temps à Ancyre (L'actuelle Ankara) et il reçut la soumission de la Paphlagonie, puis celle de la Cappadoce jusqu’au Halys. Il poussa ensuite son armée vers le Sud et pénétra en Cilicie par le passage des Portes Ciliciennes gardé par le Satrape Arsamès. En Juin 333, il fit étape dans la capitale Tarse où il tomba malade plusieurs semaines après s’être baigné dans le Cydnus (Sans doute des suites d’une hydrocution).
 
   Dans le même temps, il envoya Parménion occuper les passes qui permettaient le passage de la Cilicie à la plaine d’Issos, passe de Jonas, (Col de Kazanluk-Kapu), puis celles qui contrôlaient le col de Belen (ou Beilan ou Beylan) passage vers la Syrie. En Septembre 333, Alexandre une fois guéri, soumit, en sept jours selon Arrien (ou Lucius Flavius Arrianus Xénophon ou Arrien de Nicomédie, historien Grec et philosophe de l'époque Romaine, v.85-v.145), les populations montagnardes de Cilicie et s’empara de Soles (ou Soli ou Pompéiopolis, aujourd'hui Mezitli) à 11 km. à l'Ouest de Mersin.

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Mosaïque Romaine de Pompéi,
représentant la bataille d'Issos -
Musée National Archéologique de Naples

 
   Il apprit à ce moment la pacification de ses arrières avec les victoires de Ptolémée (Ne pas confondre avec Ptolémée I le futur Roi d'Égypte, 305-282) en Carie et la soumission de Cos (ou Kos). Mais, peu de temps après (333), le Satrape Pharnabaze, à la tête de la flotte Perse soumit Ténédos, une îles de la mer Égée et Sigée (ou Sigeion ou Sigeum) une cité Grecque en Troade, à l'embouchure du Scamandre et s’entendit avec le Roi de Sparte, Agis III (338-331), qui tentait de soulever la Grèce en lui donnant de l’argent et quelques navires. La situation pour Alexandre restait donc délicate d’autant qu'il allait faire face à l’arrivée imminente de Darius III. Celui-ci savait que Parménion tenait le col de Jonas et donc choisit une route plus au Nord pour continuer son avancée, par la passe de l'Amanos et se retrouva sur les arrières d'Alexandre et lui coupait les lignes d'approvisionnement.
 
   Le souverain Achéménide s’installa dans la plaine d’Issos sans opposition, dans la volonté de contraindre Alexandre à la bataille. Ce dernier fit faire demi-tour à l'armée Macédonienne vers la passe de Jonas afin de mener combat sur un terrain connu. Darius III avança ensuite vers le Sud jusqu'au petit fleuve côtier Pinaros (ou Pinarus) où ses éclaireurs repérèrent Alexandre qui arrivait. Il décida alors d'établir là, sur cette plaine côtière étroite que traversait le petit fleuve, son campement. Malgré l'avis de ses conseillers Grecs, le 1 (ou 5 ou 12) Novembre 333, Darius III allait accepter la bataille sur un terrain pourtant peu propice à sa cavalerie et de fait la supériorité numérique qui était son principal atout ne pouvait jouer pleinement.

 

Les effectifs

 
   Comme pour beaucoup de batailles de l'antiquité, les sources donnent des chiffres très différents sur le nombre de participant dans chaque camp. La bataille d'Issos ne déroge pas à cette règle. En ce qui concerne l'armée Perse les auteurs : Arrien (ou Lucius Flavius Arrianus Xénophon ou Arrien de Nicomédie, historien Grec et philosophe de l'époque Romaine, v.85-v.145) et Plutarque (Philosophe, biographe et moraliste Grec, 46-v.125), qui basent leurs récits sur les sources Grecques antérieures en fournissent un décompte. Ils estiment 600.000 le nombre de soldats au total. Diodore de Sicile (Historien Grec, v.90-v.30) et Justin (ou Marcus Junianus Justinus ou Justinus Frontinus, historien Romain du IIIe siècle) l'estiment à 400.000 et Quinte-Curce (ou Quintus Curtius Rufus, historien Romain, Ier siècle ap.J.C.) lui à 250.000 ?. Les historiens modernes considèrent le nombre de 600.000 hommes d'Arrien et Diodore hautement improbable. Ils soutiennent que la logistique pour plus de 100.000 soldats dans une bataille était extrêmement difficile à l'époque.
 
   À l'inverse le chiffre donné par Hans Delbrück de 25.000 hommes semble lui beaucoup trop petit. La plupart des historiens, comme Peter Morris Green, estiment la taille totale de l'armée de Darius III à plus de 100.000 hommes, y compris 11.000 cavaliers, 10.000 de la garde des Immortels et 10.000 mercenaires Grecs. John Gibson Warry l'estime à 108.000 au total. On trouve assez souvent ces décomptes : 30.000 mercenaires Grecs, 70.000 à 60.000 fantassins Perses, 50.000 à 30.000 cavaliers Perses et un grand nombre de soldats légèrement armés.
 
   En ce qui concerne l'armée Macédonienne et Hellénique les chiffres ne sont guère plus fiables. On estime néanmoins qu'elle ne pouvait pas dépasser beaucoup plus de 40.000 hommes, y compris les autres alliés. John Gibson Warry donne un total de 31.000 hommes. On trouve assez souvent ces décomptes : 30.000 ou 26.000 ou 22.000 phalangistes et hoplites, 13.000 peltastes et 6.000 cavaliers.

 

Le déroulement


 

Sisygambis, Héphestion et Alexandre
, après la défaite Perse à Issos
- Francesco de Mura (1696-1782)

 
   Cette fois Darius III dirigea lui-même son armée. Il eut l'avantage de mettre celle-ci la première en ordre de bataille. Il se positionna au centre avec sa meilleure infanterie, les mercenaires Grecs, et sa garde royale de cavalerie et plaça 20.000 fantassins légers sur les flancs de la montagne et disposa près de la côte sa cavalerie lourde concentrée sur son aile droite, suivit de la phalange de mercenaires Grecs. Thymondas (ou Timondes, en Grec : Θυμώνδας), fils de Mentor de Rhodes (v.385-v.340) et neveu de Memnon de Rhodes (v.380-333), fut un des commandants des mercenaires.
 
  À côté de la phalange Grecque Darius III déploya son infanterie Perse, le long de la rivière et dans les contreforts. Selon certains historiens, comme Potis Stratikis, il essaya de reproduire la formation de combat Hellénique de la bataille du Granique. Suivant son dispositif habituel, Alexandre dirigea la cavalerie des "Compagnons" sur le flanc droit tandis qu'il plaça sur le flanc gauche, contre le rivage, la cavalerie Thessalienne sous le commandement de Parménion et la phalange en retrait, le long du cours d'eau. Celle-ci était protégée sur ses flancs par des bataillons de peltastes.
 
   La bataille commença par un choc entre les deux infanteries sur les rives du Pinaros (ou Pinarus). Les mercenaires Grecs de Thymondas (ou Timondes) combattirent avec acharnement et réussirent un temps à rompre la phalange Macédonienne commandée par Cratère (ou Kraterós ou Craterus, en Grec : Κρατερός, v.370-321). Au même moment la cavalerie Perse chargea Parménion traversant la rivière pour ouvrir la bataille. Mais elle se heurta à une grande résistance de celui-ci qui tint l'aile gauche Macédonienne. L'aile gauche d'Alexandre devint le cœur de la bataille.
 
   Appuyé par son corps d'élite des Hypaspistes, le Roi à la tête de la cavalerie des "Compagnons", défit l'aile gauche adverse et se rabattit, à travers le lit de la rivière, vers le centre de Darius III, dont il réussit à percer la ligne. Diodore de Sicile (Historien Grec, v.90-v.30) avance qu'Alexandre cherchait à défier Darius III en combat singulier, mais selon Arrien (ou Lucius Flavius Arrianus Xénophon ou Arrien de Nicomédie, historien Grec et philosophe de l'époque Romaine, v.85-v.145) cette manœuvre au centre semblait davantage dirigée contre les mercenaires Grecs.
 
   Cependant, dès que le Macédonien aperçut Darius III, il lança une attaque directement contre lui. La garde royale Perse opposa une grande résistance autour du char royal. Plusieurs Satrapes et officiers de haut rang y laissent la vie pour sauver leur Roi. Dans la mêlée, les chevaux de Darius III furent blessés, il eut toutefois la possibilité de changer de char et il prit la fuite dans la panique générale. Les Perses, voyant que leur Roi avait disparu abandonnèrent leurs positions. Ce retrait entraîna la débâcle de leur cavalerie, puis de l'armée tout entière. En fuite dans un défilé étroit, les cavaliers Perses périrent en se foulant mutuellement, ou en chutant dans les ravins. La cavalerie Hellénique poursuivit les fuyards Perses et surtout Darius III jusqu'au coucher du soleil, mais en vain.
 


 

La tente, le trône et les magnifiques meubles
de Darius III récupérés par Alexandre
après sa victoire

   Comme avec la plupart des batailles anciennes, le carnage significatif eut lieu après la bataille lorsque les Macédoniens abattirent les fuyards désorganisés. Comme pour les effectifs, les chiffres des pertes sont très variés. On retient aujourd'hui 7.000 tués côté Macédonien et 20.000 côté Perse. Darius III parvint à s'enfuir vers l'Euphrate, laissant son char et ses attributs royaux (Son arc, son bouclier et son manteau) et aussi laissant sa famille avec sa mère Sisygambis (ou Sisygambes), son épouse Stateira I, son fils de cinq ans Ochus et ses filles Stateira II et Drypteis, qui furent capturés par Alexandre, ainsi qu'un immense butin. Cette scène est illustrée sur une mosaïque retrouvée à Pompéi, dans la maison du Faune où l'on voit le Roi Perse prendre la fuite. Le Roi fut très magnanime à leur égard et traita avec déférence la Reine et sa famille. Ce serait à ce moment que se situe l'épisode légendaire de la confusion faite par Sisygambis (ou Sisygambes) entre Alexandre et Héphestion (ou Héphaestion ou Héphaistion ou Hêphaistíôn, 356-324).
 
   Stateira I conserva son statut royale et le Macédonien épousera Stateira II lors des Noces de Suse en 324 et Drypteis épousera Héphestion (ou Héphaestion). Selon Wilhelm Bernhard Kaiser, Darius III envoya alors à son adversaire une lettre dans laquelle il lui offrit un traité d'amitié et lui demanda la libération de sa famille. Alexandre, qui avait pourtant renoncé à la poursuite immédiate de Darius III refusa cette demande. La bataille d'Issos fut une victoire Hellénique décisive et elle marqua le début de la fin du pouvoir Perse. Ce fut la première fois que l'armée Perse fut battue avec son Roi à sa tête. Alexandre entama alors la conquête de la Phénicie et de l'Égypte et allait remporter ensuite une ultime victoire contre Darius III à la bataille de Gaugamèles le 01 Octobre 331.

 

Bibliographie

 
   Pour d'autres détails sur la bataille voir les ouvrages de :
 
Frédéric Bey :
- Issus & Gaugamela : Alexander the Great versus Darius III, Histoire & Collections, Paris, 2014.
Theodore Ayrault Dodge :
- Alexander : A history of the origin and growth of the art of war from the earliest times to the battle of Ipsus, 301 BC, with a detailed account of the campaigns of the great Macedonian, Da Capo Press, New York, 1996.
Paul K.Davis :
- 100 decisive battles : From ancient times to the present, Oxford University Press, New York, 2001.
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- History of the art of war, 4 Volumes, University of Nebraska Press, 1920 - Reprint edition, 1990.
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- Alexander der Große : Leben und legende, C.H. Beck, München, 2009.
Maurice Dessemond et Jean Lartéguy :
- Alexandre Le Grand : l'homme-dieu, Georges Naef, Genève, 2001.
Marcel Dieulafoy :
- La bataille d'Issus : Analyse critique d'un travail manuscrit du commandant bourgeois, Imprimerie nationale, Klincksieck, Paris, 1912.
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- Alexander : A history of the origin and growth of the art of war from the earliest times to the battle of Ipsus, 301 BC, with a detailed account of the campaigns of the great Macedonian, Da Capo Press, New York, 1996.
Johann Gustav Droysen :
- Die schlacht bei Issos, Junker und Dünnhaupt, Berlin, 1936.
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- La bataille d'Issos, Préhistoire et archéologie 37, 1981.
Andrea Frediani :
- Les grandes batailles d'Alexandre le Grand, Newton Compton, 2004.
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- Alexander of Macedon, 356-323 B.C. : A historical biography, University of California Press, Berkeley, 1991.
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- Alessandro Magno, Einaudi, Turin, 1981-2004- En Anglais, Alexander the Great, Penguin, London, 2005.
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- From the end of the Peloponnesian War to the battle of Ipsus, Cambridge University Press, Cambridge, New York, 1985.
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- La fabuleuse Histoire d’Alexandre le Grand, Collection : La fabuleuse histoire, Tourbillon, Paris, 2005.
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- Alexander, killer of men : Alexander the Great and the Macedonian art of war, Constable, London, 2004.
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- Warfare in the classical world : An illustrated encyclopedia of weapons, warriors, and warfare in the ancient civilizations of Greece and Rome, St. Martin's Press, New York, 1980.

 

Filmographie


- Alexander the Great and the battle of Issus, Réalisation : Phil Grabsky, Seventh Art Productions, Channel Four (Great Britain), Ambrose Video Publishing et Direct Cinema Ltd.,  DVD vidéo, Éditeur : Direct Cinema Ltd., Santa Monica, 2008.
- Battles B.C. : Alexander lord of war, Réalisation : Arts and Entertainment Network, New Video Group et History (Television network),  DVD vidéo, Éditeur : A & E Television Networks, New York, 2008.
- The great commanders : 6 battles that changed history, Réalisation : Phil Grabsky, Brian Cox, David G.Chandler, Channel Four (Great Britain),  DVD vidéo, Éditeur : Direct Cinema Ltd., Santa Monica, 2008.
- The true story of Alexander the Great, Réalisation : Jim Lindsayn Peter Woodwardn Rafael Ferrern William Murray, Brian Bosworth, Peter Green Arts and Entertainment Network, New Video Group et History (Television network),  DVD vidéo, Éditeur : Burlington, VT : A & E Television Networks, Distributed by New Video, New York, 2005.

 

 

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