La Guerre du Péloponnèse

Sparte

Les  institutions

Thèbes et Delphes

 

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Noms  et  localisation

 
   Sparte est généralement évoquée par les anciens Grecs sous le nom de Lacédémone (ou Lakedaimon, en Grec : Λακεδαίμων ou Lakedaimonia  Λακεδαιμονία ou Spártē Sparte ou Σπάρτη, en Dorien Σπάρτα / Spárta). Ce sont aussi les noms communément utilisés dans les œuvres d'Homère et les historiens Athéniens tel que, Hérodote (Historien Grec, 484-v.425) ou Thucydide (Homme politique et historien Athénien, v.460-v.395) Hérodote semble toute fois distinguer l'antique citadelle de Therapné de la partie basse de la ville de Sparte.

   La cité se situe dans le Péloponnèse, sur les rives d'un fleuve principal, l'Eurotas, sur un plateau entre la chaîne de montagne Taygète (En Grec : Ταΰγετος / Taÿgetos) et le Parnon (Montagne qui sépare la Laconie de l'Arcadie). La région immédiate qui entoure la ville est communément appelée Laconie et Sparte en est la capitale. Elle comprend deux régions principales, séparées par les montagnes. Le terme de Laconie est parfois utilisé pour désigner toutes les régions qui furent sous le contrôle direct Spartiate, y compris la Messénie. Lacédémone est maintenant le nom d'une province Grecque moderne dans la préfecture de Franconia.

 

   Sparte est constituée probablement vers la fin du IXe siècle, début du VIIIe, par le synœcisme (regroupement) de quatre villages d’origine Dorienne : Limnai, Kynosoura, Mesoa et Pitana, un cinquième, Amyclées, distant de quelques kilomètres, viendra s'y ajouter à une époque toujours inconnue. Elle sera l'une des cités-États Doriennes les plus puissantes de la Grèce antique, avec Athènes et Thèbes.

 

   Selon Thucydide, l'État Spartiate s'étend au Ve siècle av.J.C, sur les deux cinquièmes du Péloponnèse, soit près de 8 500 km², le triple de sa rivale Athènes. La Laconie au sens strict du terme est en fait le territoire délimité à l'Ouest par le Taygète, au Sud et à l'Est par la mer Méditerranée. La frontière Nord va être la plus changeante.

 

Ruines de Sparte

 

 

 

Développement  

 

Lycurgue par Joseph T. Duryea

 

   Au VIIIe siècle, la poussée démographique entraîne Sparte à la recherche de nouvelles terres. La cité va conquérir d'abord la Messénie voisine qu’elle soumet (Voir la Première Guerres de Messénie, 743-724 ou 736-720) et contraint ses habitants à devenir ses Hilotes. À cette époque Sparte rayonne sur l’Hellade, entretenant le commerce avec la Grèce, l’Égypte et l’Asie Mineure. Dès lors, sa principale rivale sera Argos. En 669, à la bataille d'Hysiaï, le Tyran d'Argos Phidon défait Sparte. Les Messéniens profitent de la faiblesse de Sparte pour se révolter ce qui brise l’expansion de la cité. Cependant les Messéniens vont être de nouveau soumis (Deuxième Guerre de Messénie, 670-657). En politique extérieure, Sparte édifie la "Ligue du Péloponnèse".

 

   Après sa victoire sur la Messénie, Sparte a agrandi encore son territoire et devient maître de toute la partie qui s'étend à l'Est du Parnon, bordée au Nord par la vallée de la Nedha, jusqu'à la Méditerranée. La vallée de Messénie à proprement parler est arrosée par le Pamisos. On distingue la plaine du Stényclaros au Nord de la crête de Scala et la plaine côtière appelée Macaria "la Bienheureuse", au Sud. En 545, à la bataille des Champions Sparte défait Argos et va dominer le plateau de Thyréatide (ou Kynourie). À cette époque les limites de la région couvrent les environs de Thyréa (Près de l'actuelle Astros), le Sud du mont Parthénion, le bassin versant de l'Eurotas, englobant la Skiritide, puis les territoires aux pieds du mont Chelmos (Identifié comme la Belminatide). Elle s'assure l'hégémonie sur l'ensemble du Péloponnèse, qu'elle conservera jusqu'aux Guerres Médiques (499-490 et 480-479).  

    Face à l’expansion de l’Empire Athénien, l’affrontement entre les deux puissances devient inévitable. Pour conserver son territoire elle doit lutter dans la Troisième guerre de Messénie (464-454). Puis Sparte triomphe d’Athènes dans la Guerre du Péloponnèse (431-404) et décide d'imposer son propre impérialisme. En 394, les Grecs se soulèvent contre elle avec la coalition d’Athènes, Thèbes, Argos et Corinthe. En 387, Sparte accepte l’arbitrage par la Perse et la "paix d'Antalcidas" ou "paix du Roi" est signée entre les belligérants. Elle cède les cités Grecques d’Asie Mineure qu'elle avait conquise aux Perses. En 376, Athènes coule sa flotte militaire, mettant de fait un terme à son hégémonie navale. En 371, les Athéniens et Lacédémoniens passent un accord se reconnaissant mutuellement leurs confédérations, afin de lutter contre la Ligue Béotienne (Confédération Béotienne). 

   La même année les Spartiates, toujours avide d'expansion, marchent sur Thèbes. Mais c’est cette dernière, nouvelle puissance montante, qui va lui porter le coup final avec le désastre de la bataille de Leuctres (Le 06/07/371). L'hégémonique de Sparte est rompue et il faut ajouter l’indépendance de la Messénie en 369. En 362, Sparte à un sursaut et à la bataille de Mantinée redresse la situation en brisant la suprématie Thébaine, mais sa victoire demeure sans lendemain.

 

   Secouée par des graves crises internes, en 337, Sparte se montre incapable de faire face à l’extension de la Macédoine et de son Roi Philippe II (359-336). Ses tentatives de révolte contre la Macédoine sont systématiquement écrasées (265 et 222). Elle perd tous ses territoires. Puis elle s'allie à Rome contre la Ligue Étolienne et doit lutter aussi contre la Ligue Achéenne. En 146, Sparte, définitivement ruinée par les invasions, est intégrée à l’Empire Romain et cesse pour toujours d’être une puissance conquérante.  

 

 

 Pour plus de détails voir : L'histoire de Sparte

 

 

 

Sacrifice à Aphrodite à Sparte - Musée du Louvre

 

  

   Ligue du Péloponnèse

 

  Le terme "Ligue du Péloponnèse" est une expression contemporaine inventée par les historiens, à l'époque les membres étaient appelés "les Lacédémoniens (Sparte) et leurs alliés". Cette ligue est constituée dans un but défensif à la fin du VIe siècle et durera jusqu'aux invasions Thébaines de 370-369, mais elle permettait surtout à Sparte de concentrer son effort militaire contre Argos. Les cités membres étaient indépendantes (autonomia) et contrairement à la Ligue de Délos ne payaient aucun tribut (phoros). Il est difficile de mesurer l’exacte étendue de la ligue, d’autant que tous les alliés de Sparte n’en faisaient pas partie, mais presque tous les États du Péloponnèse, sauf l’Argolide et l’Achaïe, y étaient adhérant. La ligue participa à la Deuxième Guerre Médique et bien sur à la Guerre du Péloponnèse.

 

  Selon Thucydide (Homme politique et historien Athénien, v.460-v.395), la ligue disposait d’un mode de fonctionnement que l’on pourrait qualifier de démocratique. L'assemblée fédérale se réunissait généralement à Sparte à la seule initiative des Lacédémoniens et les propositions qui étaient soumises à discussion étaient généralement d’origine Spartiate. La ville prit également le commandement de toutes les forces alliées, y compris sur mer, malgré les prétentions des cités, comme Corinthe. Chaque cité disposait d'une voix. Sparte n'avait qu'une voix comme les autres, mais la cité avait une très grande influence et disposait d’une certaine hégémonie. Aucune action n’était possible si elle n’avait pas été votée par Sparte. Corinthiens et Mégariens se plaignaient régulièrement de la tutelle Spartiate au sein de la ligue. À plusieurs reprises, Sparte ne respecta pas l’autonomie de ses alliés. Dès 404, la cité leur imposa sa politique d’intervention en Asie Mineure, en Grèce du Nord et en Béotie. En 402, elle obligea Élis, à accorder l’indépendance à ses cités Périèques et à Corinthe à rompre avec Argos.

 

  Les décisions (La guerre, la paix, les alliances) étaient prises à la majorité des suffrages. Elles engageaient tous les alliés, sauf si certains invoquaient, pour garder leur liberté d’action, des empêchements religieux ou des stipulations contraires de traités antérieurs. En cas de guerre, l’assemblée fixait les contingents à lever ou les sommes à payer pour le rachat des prisonniers et édicte des amendes pour les défaillants. Les membres de la ligue ne pouvaient se faire la guerre entre eux tant que l’armée commune était en expédition. En dehors de ces périodes, le rythme des conflits inter-cités était régulier. Au Ve siècle, Corinthe et Mégare étaient fréquemment en guerre l’une contre l’autre. Toutes les cités restèrent fidèles à Sparte, sauf pendant la Guerre du Péloponnèse ou certaines refusèrent le traité de paix avec Athènes (Paix de Nicias), mais après la victoire de Mantinée, la ligue se reconstitua.

 

 

             Structures  sociales

 

La constitution

 

   L'État Dorique de Sparte est la copie de l'État Dorique Crétois. Entre le VIIIe et le VIIe siècle av.J.C, les Spartiates vont connaître une période d'anarchie et de guerre civile, retracée plus tard à la fois par Hérodote (Historien Grec, 484-v.425) et Thucydide (Homme politique et historien Athénien, v.460-v.395). Suite à cela les Spartiates ont lancé une série de réformes politiques et sociales de leur société. Ces réformes marquent le début de l'histoire de la Sparte classique. Par ces dernières, la ville se distingue des autres cités par son modèle social où l'on trouve différentes strates. On compte trois groupes sociaux principaux :

• La minorité sont les citoyens, elle est constituée par les Homoioi (ou les Égaux, en Grec : Homoioi ou Oμοιοι / Hómoioi, "les Semblables" ou "les Pairs").

• L'activité économique est assurée par les Périèques (En Grec : Perioikoi ou Περίοικοι / Períoikoi), population libre mais non-citoyenne.

• Puis on trouve les Hilotes (ou Ilotes, en Grec : Heilôtes ou Εïλωτες / Heílôtes), dont le statut s'apparente aux serfs du Moyen Âge occidental.

L'éducation est obligatoire, collective et organisée par la cité, elle vise à former des soldats disciplinés, efficaces et attachés au bien de la cité. Ces réformes menées par Lycurgue au VIIe siècle (Personnage mythique pour certains spécialistes) sont un véritable tournant pour la ville.

  

  

Sparte avec les montagnes Taygète en arrière-plan

 

   Les institutions originelles établissent la souveraineté à tous citoyens, elles sont équilibrées par une double monarchie, représentée par deux familles, la branche de Proclès dites des "Eurypontides ou Proclides" et celle d’Eurysthène (jumeaux) dites "Agiades ou Eurysthènides". Le régime politique est donc composé de deux Rois. Ils sont à égalité au niveau de l'autorité, de sorte que l'un ne pouvait pas agir contre le veto de son collègue. Les origines des pouvoirs exercés par l'assemblée des citoyens sont pratiquement inconnues en raison du manque de documentation historique et du secret d'État.

 

   Les devoirs des Rois sont essentiellement religieux, judiciaires et militaires. Ils furent les Grands Prêtres de l'État et étaient également tenu de maintenir la communication avec le sanctuaire de Delphes, qui a toujours exercé une grande autorité dans la politique Spartiate. À l'époque d'Hérodote leurs fonctions judiciaires ont été limitées aux affaires d'héritages, d'adoptions et des routes publiques. Les affaires civiles et pénales étaient soumises à l'approbations d'un groupe de fonctionnaires, sorte de conseil des Anciens connu sous le nom d'Éphores (En Grec : Ephoroi ou Eφοροι / éphoroi "Surveillants"), ainsi qu'à une assemblée, la Gérousie (ou Gérousia, en Grec : Gerousia / Gerousía, de γέρων / gérôn, "le vieillard").

 

  Les Éphores sont un directoire de cinq magistrats annuels, ils forment le véritable gouvernement. La Gérousie se composait de 28 personnes âgées de plus de 60 ans, élues à vie et, en général, une partie de la famille royale. Les hautes affaires de l'État et les décisions politiques étaient examinées par ce conseil qui pouvait alors proposer des mesures alternatives à l'Assemblée (Apella), l'organe collectif des citoyens Spartiates, qui choisissait l'une des options proposée par vote.

 

   L'Assemblée rassemblait l'ensemble des citoyens Homoioi et était donc chargée de voter les lois, mais son rôle précis est mal connu. Elle était réunie à dates fixes. Les projets mis en forme par la Gérousie lui étaient soumis. Elle les approuvait ou non, sans discuter les amendements proposés par les Éphores. Elle votait les décisions par acclamations mais son vote ne liait pas la Gérousie qui pouvait considérer que le peuple s'était trompé. L'Assemblée élisait également les Éphores et les Gérontes. On ignore si tous les Spartiates pouvaient y prendre la parole, par exemple pour proposer une loi ou un amendement ou si l'assemblée se contentait d'élire les Éphores. Pour Aristote (Philosophe Grec, 384-322), l'Assemblée a un pouvoir si faible qu'il ne la mentionne même pas comme élément démocratique du régime Spartiate.

 

   Il faut noter aussi que les prérogatives royales ont été réduites au fil du temps. À la période des Guerres Médiques (499-490 et 480-479), le Roi a perdu le droit de déclarer la guerre et était accompagné sur le terrain par deux Éphores. Il fut dès lors supplanté par ceux-ci dans le contrôle de la politique étrangère. Au fil du temps, les Rois sont devenus de simples figures de têtes, sauf en leur qualité de généraux. Le véritable pouvoir a été transféré aux Éphores et à la Gérousie. Cette organisation va être pendant des siècles la force de la cité. Cependant au IIIe siècle, les difficultés dues à son système sociopolitique et au déclin de sa population d’Homoioi vont entraîner de nouvelles réformes. Ces essais de réformes intérieures menées par les Rois Agis IV (245-241) et Cléomène III (235-219) vont échouer.  

   

La citoyenneté

 
  
Tous les habitants de Sparte n'étaient considérés comme des citoyens. Seuls ceux qui avaient entrepris le processus d'éducation Spartiate connu sous le nom d'agôgê (En Grec : γωγή / agōgē) étaient éligibles. De plus les seules personnes admissibles à recevoir l'agôgê devaient être Spartiates, né de l'union légitime de deux Spartiates, ou des personnes qui pouvaient prouver que leurs ancêtres étaient à l'origine des habitants de la ville.
 
Il y avait cependant deux exceptions :

• Les Trophimoi  (En Grec : τρόφιμοι  "Pupilles" ou "Les nourris", de τροφός / trophós "Nourriture"), c'étaient des enfants de non-Spartiates, Périèques ou étrangers, qui étaient autorisé à subir l'agôgê. Les Trophimoi étaient adoptés à titre temporaire par un Oikos Spartiate (Sorte de parrain). Les Trophimoi fils de Périèques, à l'instar des Néodamodes et des Nothoi (Fils bâtards de citoyens et d'esclaves), constituent une classe intermédiaire de Sparte. Ils pouvaient accéder au statut de citoyen. Selon Plutarque (Philosophe, biographe et moraliste Grec, 46-v.125), le Roi Agis IV (245-241) entendait ainsi compléter le corps civique, devenu insuffisant pour les besoins militaires de Sparte : "Par tous les Périèques et les étrangers qui auraient été élevés en hommes libres et qui par ailleurs seraient bien faits de leur personne et dans la fleur de l'âge" (Vie d'Agis, VIII, 3).

 

   Les Trophimoi étrangers repartent généralement après leur éducation dans leur pays d'origine où ils augmentent ainsi l'influence de Sparte. Sur l'invitation du Roi Agésilas II (398-360), Xénophon (Philosophe, historien et maître de guerre Grec, v.430-v.355) fit élever ses fils à Sparte. Cependant, certains Trophimoi choisirent de rester à Sparte, voire de combattre dans l'armée civique. C'est par exemple le cas en 381, dans le siège que tient Agésilas II contre Phlionte (Cité Grecque du Péloponnèse, située au Sud de Sicyone et au Sud-ouest de Corinthe).

 

kylix Laconien - 590-550 av.J.C- Staatliche Antikensammlungen - Munich

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• L'autre exception étaient les fils d'Hilotes qui pouvaient être inscrit comme des Syntrophoi (En Grec : Syntrophoi "Élevé avec") si des Spartiates les adoptaient officiellement et leurs payaient leur études. Si un Syntrophos était exceptionnellement bon dans sa formation, il pouvait être parrainé pour devenir un Spartiate. Ils devenaient de ce fait fils de bonne famille et pouvaient être élevés dans certains cas avec les enfants royaux. Syntrophos est un titre qu’ils gardaient toute leur vie.  

 

   Lorsque les citoyens Spartiates mourraient, seule une pierre tombale était accordée aux soldats qui étaient morts au combat au cours d'une campagne victorieuse, ou pour les femmes qui étaient mortes en service, soit lors d'un office divin ou en couches.

  

  

Autre vue du site - L'acropole

 

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Les Homoioi 

 

  Les (ou égaux ou semblables) citoyens de Sparte sont appelés les "homoioi" (En Grec : Homoioi ou Oμοιοι / Hómoioi, "les Semblables" ou "les Pairs"). La traduction classique "les Égaux", reprise lors de la Révolution Française, est en fait inexacte. Il n'est pas certain que tous les Spartiates furent des homoioi. On estime leur nombre à 1 200 au moment de la défaite de Sparte, en 371, le 6 juillet, face à l'armée de Thèbes à Leuctres. Certains citoyens, considérés comme des lâches au combat, sont soumis à toutes sortes de brimades et de vexations. Tous les citoyens peuvent participer à l'autorité populaire. Ils ne représentent donc qu'une petite minorité de la population Lacédémonienne. Les critères de la citoyenneté Spartiate étaient particulièrement sélectifs. Pour faire partie de cette élite, il fallait : Être né de l'union légitime de deux Spartiates. Les bâtards sont distingués des citoyens à part entière. Posséder un domaine (kléros) permettant de payer son écot, ils avaient l'obligation de participer au banquet des citoyens (Le syssition) quotidiennement, en y apportant leur cote part de nourriture (ou en la payant).

   Enfin, pour avoir le statut d’homoioi, les individus devaient avoir subi et réussi l’agôgê (L'éducation Spartiate du citoyen). Les Homoioi étaient des guerriers et ne pouvaient être ni commerçants, ni ouvriers. La perte d'influence de Sparte au IIIe siècle av.J.C. serait liée à cette restriction du nombre des homoioi, phénomène désigné par les historiens sous le nom d’oliganthropie (Étymologiquement "La disette d'humains". Ce terme désigne la décroissance démographique extrême d'une population humaine, menaçant cette dernière d'extinction).

     

Les Périèques

 

   Les Périèques (En Grec : Perioikoi ou Περίοικοι / Períoikoi) étaient les habitants libres mais non citoyens de la Laconie et de la Messénie. Leur origine est incertaine. La théorie la plus souvent admise est qu'ils sont les descendants des Laconiens. Cette thèse ancienne fait des Périèques les anciens Achéens envahis par les Doriens. C'est là que les Achéens de la plaine seraient devenus les Hilotes et ceux des montagnes seraient devenus les Périèques. Leur nom signifie "Ceux qui habitent autour". Ce sont des hommes libres, ils bénéficient des droits civils et participent à l'administration de leur ville. Ils font partie de l'État Lacédémonien mais ne sont pas citoyens Spartiates, ils n'ont aucun droit politique à Sparte et sont soumis à sa suzeraineté.

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Autre vue du site - Le théâtre

 

   Les Périèques doivent le service militaire en tant qu'Hoplites dans l'armée de terre ou épibates dans l'infanterie de marine et paient l'impôt à Sparte. Leur territoire, la Perioikis (En Grec : Περίοικις), fait partie à part entière du territoire Spartiate. On ne sait pas comment étaient organisées les cités Périèques. Il semble qu'elles devaient avoir adopté un système oligarchique. Leurs villes sont décrites comme des cités (poleis) par Hérodote (Historien Grec, v.484-v.425 - Livre VII, 234), Thucydide (Homme politique et historien Athénien, v.460-v.395 - Histoire de la guerre du Péloponnèse, Livre V, 54, 1) et Xénophon (Philosophe, historien et maître de guerre Grec, v.430-v.355, Helléniques, Livre VI, 5, 21).

 

  Les Périèques ont le droit de posséder des terres et font partie de l'armée civique au même titre que les Homoioi. Ils ne peuvent être magistrats, ni même participer à l'assemblée. Leurs activités principales étaient, le commerce, l'industrie et la culture des terres de la Perioikis. Ils travaillaient aussi pour l'armée, avec la confection des uniformes et des armes. Dans toutes les circonstances ils resteront fidèles à Sparte, les premières défections n'auront lieues qu'a l'invasion Thébaine de 370-369. 

  

Les Hilotes

 

   Les Hilotes (ou Ilotes, en Grec : Heilôtes ou Εïλωτες / Heílôtes) sont les serfs. Le nom vient, selon une partie de la tradition, de la bourgade d'Hélos (Eλος), située au Sud de Sparte. Pausanias (Géographe Grec, v.115-v.180, livre III - Description de la Grèce) déclare : "Ils furent les premiers appelés Hilotes". Le nom serait donc une simple ethnie. L'explication est peu plausible sur le plan historique et semble impossible sur le plan phonétique. Certains auteurs ne considèrent pas le mot comme un simple ethnique, mais comme un nom à connotation servile. Il est certain qu'une partie de l'hilotisme est issu des conquêtes militaires. Ce sera le cas des Messéniens, réduits à ce rang au VIIIe siècle av.J.C. Pour ce qui est des premiers Hilotes avant eux, la situation n'est toujours pas de nos jours élucidée. Selon la tradition, ils seraient les descendants des habitants initiaux, Achéens, que les Doriens auraient soumis. Mais tous les Achéens n'ont pas été réduits à l'hilotisme. D'autres auteurs antiques proposent des théories alternatives, Selon Antiochos de Syracuse, les Hilotes sont à l'origine les Lacédémoniens qui n'ont pas participé aux Guerres de Messénie.

     

   Pour Éphore de Cumes (Orateur et historien Grec, IVe siècle av.J.C) ce sont des Périèques de Hélos, révoltés puis réduits à l'esclavage. L'historiographie moderne privilégie la thèse d'Antiochos de Syracuse. Le statut juridique des Hilotes est lui aussi assez complexe. Ils ne sont pas libres et ne possèdent aucun droit politique. Ils appartiennent à l'État mais sont attachés à un lot de terre ce qui les rapproche du serf médiéval. Ils ont un maître, mais ce dernier ne peut les affranchir, ni les vendre, ni les maltraiter ou les tuer. Avec ce statut d'esclave leur seule fonction est de cultiver les kleros de terre des Homoioi, à qui ils doivent fournir une partie des récoltes (céréales, vin et huile). On les rencontre aussi dans l'armée, comme auxiliaires dans l'infanterie légère ou dans la flotte, dans le rang des rameurs. Avec la diminution du nombre de citoyens, les hilotes suite à leur service comme hoplites dans l'armée Lacédémonienne seront affranchis par l'État on les appelle alors Néodamodes. Les Éphores pouvaient les faire mettre à mort, selon Thucydide, en 425, 2 000 hilotes auraient été massacrés en secret. Ce qui est sure c'est qu'ils étaient particulièrement mal traités par les Spartiates. L'hilotisme se rencontre également dans d'autres sociétés Grecques, comme la Thessalie, la Crète ou encore la Sicile.

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Les Éphores  

 

   Les éphores (En Grec : Ephoroi ou Eφοροι / éphoroi) dont le nom veut dire "les surveillants" sont un directoire de cinq magistrats annuels, dont ils forment le véritable gouvernement. On ne connait pas exactement la date de leur création, ils existent déjà au VIe siècle av.J.C. Les sources ne s'accordent pas sur ce point. Pour Hérodote (Historien Grec, v.484-v.425) et Xénophon (Philosophe, historien et maître de guerre Grec, v.430-v.355) c'est une création de Lycurgue. Pour Aristote (Philosophe Grec, 384-322), au contraire, l'institution a été créée par le Roi Théopompe (720-675) des Eurypontides. Ils existent déjà au VIe siècle av.J.C. L'éphorat est supprimé en 227 par Cléomène III, puis rétabli par le Roi de Macédoine Antigonos III Dôson (229-221) avant d'être définitivement aboli par l'Empereur Romain Hadrien (117-138).

 

  Il y a cinq éphores, ils sont élus pour un an parmi les citoyens et ne peuvent être réélus, ils exécutent les décisions de l'assemblée et les décisions sont prises à la majorité. Ils ont juré fidélité au Roi mais sont chargés de surveiller ses agissements en temps de guerre et s'il applique la constitution. Ils contrôlent également, les Hilotes, les Périèques et les magistrats. Ils représentent la souveraineté nationale et ont en charge : La politique étrangère, dirigent la police et surveillent les citoyens dont ils exigent une parfaite obéissance. Ils peuvent révoquer des personnes qu'ils estiment incompétentes, quel que soit le poste occupé, ils ont même le pouvoir de faire emprisonner un Roi. Ils jugent les affaires de droit civil et peuvent distribuer des amendes.

 

La Gérousie  ou  Gérousia

 

   La Gérousie (ou Gérousia, en Grec : Gerousia / Gerousía, de γέρων / gérôn, "le vieillard") est l'équivalent Spartiate du Sénat, c'est une assemblée aristocratique, par opposition à celle du peuple. C'est un conseil de 28 hommes âgés de plus de 60 ans, les gérontes (γέροντες), élus à vie, par acclamation, présidé par les deux Rois. Les gérontes sont recrutés dans les plus grandes familles. La procédure de recrutement est décrite par Plutarque (Philosophe, biographe et moraliste Grec, 46-v.125) dans sa "Vie de Lycurgue". Cette limite d'âge correspond à la fin de l'astreinte du service militaire. Le statut de géronte est censé être réservé aux hommes les plus dignes.

   

                Une fois élu, le nouveau géronte, la tête couronnée, visite les sanctuaires Spartiates, accompagné d'un cortège de jeunes gens qui célèbrent ses mérites. La Gérousie exerce de grands pouvoirs politiques et judiciaires et constitue le tribunal suprême. Elle juge les crimes graves (Meurtres, procès politiques). En association avec les Éphores, elle peut juger aussi les Rois et départager des rivaux au cours d'une succession royale.

 

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Autre vue du site 

                                              C'est elle qui dirige la politique étrangère et formule les propositions soumises à l'assemblée dont elle peut casser le vote en usant de son droit de veto. Dans la réalité, l'importance de la Gérousie est assez exagérée dans les textes des auteurs anciens. Démosthène (Homme d'État Athénien, 384-322), Eschine (Homme politique Athénien, v.390-314), Pindare (Poète lyrique Grec, 518-438), Platon (Philosophe Grec, 427-346) etc... insistent sur le pouvoir et l'autorité des Gérontes, mais leur rôle politique est assez limité. Les textes anciens évoquent  rarement la Gérousie et on trouve peu de traces de son intervention dans le domaine législatif. La politique étrangère étant généralement décidée par les Rois ou les Éphores, la Gérousie semble donc avoir, un pouvoir assez faible. 

 

 

   L'éducation  Spartiate

 

  Sparte était avant tout un état militariste et l'accent était mis sur l'aptitude militaire presque à la naissance. Selon Plutarque (Philosophe, biographe et moraliste Grec, 46-v.125), peu de temps après celle-ci, la mère de l'enfant le baignait dans le vin pour voir si le nourrisson était fort. S'il survivait, il était porté devant la Gérousie par son père. La Gérousie décidait ensuite s'il devait être élevé ou non. S'il était jugé "chétif et difforme", le nouveau-né était considéré comme une bouche inutile et une charge pour la cité et était jeté dans un gouffre, sur le mont Taygète appelé par euphémisme : Apothètes (ou Apothetæ, en Grec : Apothetæ "dépôts"). C'était une forme primitive d'eugénisme (Amélioration des caractères héréditaires de l'espèce humaine par une intervention délibérée). Il existe des preuves de ces pratiques sur des enfants non désirés dans d'autres régions de Grèce, notamment Athènes. Mais pour Sparte cette affirmation, étant rapportée par le seul Plutarque, elle est aujourd'hui remise en doute par quelques archéologues, qui n'ont trouvé aucun ossement d'enfant à l'endroit indiqué. L'éducation par la suite est obligatoire, collective et organisée par la cité, elle vise à former des soldats disciplinés, efficaces et attachés au bien de la cité. De ce fait, l'armée Spartiate était renommée comme la plus puissante du monde Grec. Lorsque les Spartiates mourraient, seule une pierre tombale était accordée aux soldats qui étaient morts au combat au cours d'une campagne victorieuse.

 

  

Statuette d'un athlète Spartiate

 Musée du Louvre  

Les garçons, l'agôgê

 
  
L'éducation Spartiate ou agôgê (En Grec : γωγή / agōgē) était accessible aux hommes citoyens de Sparte. Elle présente les particularités d'être obligatoire, collective et organisée par la cité. Les garçons jugés robustes, après avoir été élevés par des nourrices commençaient leur formation militaire à l'âge de sept ans, âge où ils étaient enlevés à leur famille et entraient dans le système agôgê. L'agôgê était conçue pour encourager la discipline et la résistance physique et souligner l'importance de l'État Spartiate. Cette forme d'éducation est établie par Lycurgue et ne prendra fin qu'à l'époque Romaine. Cependant elle reste encore mal connue. La plupart des sources en notre possession sont tardives. Nous savons que l’agôgê a connu au moins une interruption, imposée par la Ligue Achéenne au IIe siècle av.J.C.

 

   Il est donc difficile de savoir dans quelle mesure les descriptions Hellénistiques et Romaines peuvent également s'appliquer à la période archaïque et classique. En plus de l'apprentissage physique et de l'art de la guerre ou ils apprenaient à manier les armes, à marcher en formation et surtout à obéir aveuglément aux supérieurs, les études des garçons portaient sur la lecture, l'écriture, la musique, la danse et le chant. Essentiellement, les élégies de Tyrtée, qui servaient de chants de marche.

 

   Pendant l'adolescence, on met plutôt l'accent sur la pudeur, la décence. Vers l'âge adulte, on insiste sur l'émulation et la compétition, principalement pour devenir l'un des Hippeis "cavalier" de la garde royale. Ils vivaient à la dure, le crâne rasé et ils ne percevaient qu'un manteau (himation) par an et marchaient pieds nus. Bien que les garçons habitaient dans des sortes de "cantines" ils étaient sous-alimentés afin de les encourager à maîtriser leurs envies de vol de nourriture. Ils dormaient sur une paillasse de roseaux de l'Eurotas qu'ils avaient travaillé à la main. Des punitions spéciales étaient imposées, si les jeunes gens n'arrivaient pas à répondre à des questions sur leur éducation.

 

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Lanceur de javelot -

525-500 av.J.C- Temple d'Apollon Hypertéléatas  -  Musée du Louvre

    

   Divers concours, combats rituels, flagellations au sanctuaire d'Artémis Orthia etc... visaient à mettre en avant les plus vigoureux et les plus endurants à la douleur. Cette éducation entendait former des soldats obéissants, efficaces et attachés à la cité, avant leur gloire ou leur bien-être personnel. À l'âge de douze ans, les garçons Spartiates, toujours dans le cadre de l'agôgê, étaient obligés de prendre un "ancien" comme mentor, généralement un homme célibataire. Il était prévu pour fonctionner comme une sorte de père de substitution et être un modèle à son partenaire, mais il a été également mis en avant que certains avaient des relations sexuelles entre eux (La nature exacte de la pédérastie Spartiate n'est pas entièrement claire).

 

   À l'âge de dix-huit ans, les jeunes garçons Spartiates deviennent membres de l'armée de réserve. En quittant l'agôgê après leur 20 ans, ils demeurent embrigadés et intègrent les groupes de Sphareĩs (En Grec : Sphareis "joueurs de ballon"). Cet entraînement fait des Spartiates les soldats les plus redoutés de toute la Grèce classique. Après quoi certains sont envoyés dans la nature avec seulement un couteau et sont forcés de survivre grâce à leurs seules compétences et leur ruse. Cette autre formation est appelée la Krypteia. Les hommes Spartiates étaient tenus de se marier à l'âge de 30 ans, après avoir achevé la Krypteia. Plutarque rapporte les coutumes associées à la nuit de noces.

    

Les filles

 
  
Nous avons moins d'informations concernant l'éducation des jeunes filles Spartiates, mais elles semblent avoir fait l'objet d'un assez vaste cycle d'éducation formelle, largement semblable à celui des garçons, mais avec bien sur moins d'accent sur la formation militaire. À cet égard, la Sparte classique est unique dans la Grèce antique. Dans aucune autre cité-État les femmes reçoivent une éducation formelle. Cette éducation est instituée à l'époque archaïque et elle se poursuit à l'époque classique. Elle est interrompue à l'époque Hellénistique et reprend probablement à l'époque Romaine. L'objectif est de faire des femmes Spartiates des mères capables de produire des enfants (surtout des mâles), sains et vigoureux, futurs soldats ou futures mères. L'éducation est dispensée à toutes les filles.

  

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Ruines d'un mur de la cité

 

   Contrairement aux garçons, elles restent dans le foyer familial et disposent donc d'une forme de loisirs et de vie privée. Les jeunes filles consacrent leur apprentissage, probablement auprès de leur mère et d'autres femmes de leur famille, à la danse à la musique. Des figurines votives montrent des femmes jouant d'un instrument à vent, à cordes ou des percussions, et la poésie et le chant sont appris en même temps. À l'époque archaïque, Sparte fait également venir des poètes, comme Alcman (Poète lyrique Grec), chargés d'apprendre aux jeunes filles à prendre part aux chœurs.

 

   À l'époque classique, on connaît quelques exemples de femmes sachant lire et écrire. Hérodote nous indique que c'est le cas de la fille du Roi Cléomène I (520-490) Gorgô qui est la femme de son frère Léonidas (490-480). Il raconte que lorsque le Roi Démarate (515-491) est en exil auprès du Roi Perse Xerxès I (485-465), il veut prévenir les Grecs de la menace qui pèse sur eux, il envoie un message secret à Sparte, sous la forme d'une tablette de cire. Gorgô a l'idée de faire gratter la cire, révélant ainsi le véritable message gravé sur le bois. D'après d'autres écrits il semble que les femmes spartiates en général savent lire.

                        

   Plutarque (Philosophe, biographe et moraliste Grec, 46-v.125) cite également des lettres envoyées par des mères Spartiates à leurs enfants soldats. Même si le contenu édifiant de ces missives peut sembler douteux, il paraît raisonnable que mères et fils correspondaient par lettres pendant les conflits. On connaît deux poétesses Spartiates, toutes les deux de l'époque archaïque : Mégalostrata, citée par Alcman et Clitagora, mentionnée par Aristophane (Poète comique Grec, v.450-v.385) et Cratinos (Poète Grec, v.520-423). À l'époque classique, Chilonis, fille de Chilon, l'un des Sept Sages, fait partie des disciples de Pythagore (Mathématicien et Philosophe Grec, v.580-v.497) et Jamblique (Philosophe néo-platonicien, 242-325) mentionne 17 ou 18 pythagoriciennes Spartiates.

 

   Par le fait de leurs connaissances les femmes jouissent d'un statut, d'un certain pouvoir et du respect, ce qui était inconnu dans le reste du monde classique. Elles contrôlent leurs propres propriétés, ainsi que les propriétés des hommes de la famille lorsqu'ils sont éloignés par l'armée. Il est estimé que les femmes étaient les seules propriétaires d'au moins 35% de toutes les terres et les biens de Sparte. Les lois concernant le divorce sont les mêmes pour les hommes et les femmes. Contrairement aux femmes, à Athènes, si une femme n'a pas de frère elle devient l'héritière de son père.      

 

L'armée  

 

  La force militaire de Sparte a fait de la ville l'une des principales cité-États de la Grèce. L'armée était au centre de l'État, dont l'obligation première des citoyens était d'être de bons soldats. Tous les citoyens en âge de porter les armes devenaient des hoplites (L'infanterie lourde des cités) à temps plein. Seule capable de mener à bien des manœuvres complexes sur le terrain, elle apparaît aux Grecs comme un modèle d'efficacité et de discipline. Grâce à leur formation dès la petite enfance, les Spartiates faisaient de leur armée l'une des plus disciplinées et la mieux entraînée. Ils étaient craints des forces militaires de tout le monde antique. À l'apogée de la cité, du VIe au IVe siècle av.J.C, il était communément admis qu'un Spartiate avait la valeur de plusieurs hommes d'un autre État.

 

   Plutarque (Philosophe, biographe et moraliste Grec, 46-v.125) écrit que la seule réputation des hoplites spartiates : "Frappait d'effroi leurs adversaires qui, même avec des forces égales, ne se croyaient pas capables de lutter sur un pied d'égalité contre l'armée Spartiates". Les citoyens Spartiates, les Homoioi, ont été le noyau de l'armée, bien qu'au cours du Ve siècle, les Hilotes, qui normalement appartenait à la classe de serfs utilisés à cultiver les kleros Spartiates, ont été enrôlés comme soldats dans des escarmouches. Ils ont même participé à l'Assemblée (Apella), ce qui est étrange car ils étaient censés être des soldats et rien d'autre, interdit d'apprendre ou d'exercer tout commerce.

 

                                                    Origine

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Dessin de Peter Connoly -

 Greece and Rome at War - London,  1981, p. 22

 

  Notre source principale pour l'organisation de l'Armée et les tactiques qu'elle utilisait est Xénophon (Philosophe, historien et maître de guerre Grec, v.430-v.355), qui admirait les Spartiates et dont la "Constitution de Sparte" offre un aperçu détaillé de l'État et la société Spartiate au début du IVe siècle av.J.C. D'autres auteurs, notamment Thucydide (Homme politique et historien Athénien, v.460-v.395), vont nous fournir également des informations, mais elles ne sont pas toujours aussi fiable que celles de Xénophon. De ces écrits, il en ressort qu'en fait on sait peu de choses de l'ancienne organisation. Il y a encore aujourd'hui beaucoup de spéculations. Les premières formes d'organisation sociale et militaire (au VIIe siècle) semble avoir été les trois tribus : Hylleis, Dymanes et Pamphyloi qui apparaissent lors de la Deuxième Guerre de Messénie (670-657 ou v.650-620). Une autre subdivision a été la fraternité (phratra). Finalement, ce système a été remplacé par cinq divisions territoriales, l'obai "villages", qui a fourni un contingent de 1 000 hommes chacune. Cette organisation sera encore utilisée au cours des Guerres Médiques (499-490 et 480-479).

   

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Composition et tactiques

 

   Sur le champ de bataille, les hoplites sont donc groupés par sections, les énomoties, qui comptent normalement un représentant de chaque classe mobilisée. Elles se déploient par ordre d'âge croissant, les jeunes se trouvant au premier rang. Les changements dans l'organisation qui ont eu lieu entre les Guerres Médiques contre les Perses et la Guerre du Péloponnèse (431-404) ne sont pas documentées, mais, selon Thucydide, qui décrit de manière détaillée la composition de l'armée, à la bataille de Mantinée en 418 av.J.C:

 "Il y avait au combat .... 7 lochoi (ou loches ou lochos [bataillons]) subdivisés en 4 pentēkostys (ou pentécostyes [compagnie]) composées chacune de 4 groupes, les enōmotiai (ou énomoties) de 32 hommes, soit un total de 3584 hommes. Pour chaque groupe, quatre hommes combattaient au premier rang. En ce qui concerne la profondeur, ils n'étaient pas tous rangés de la même manière, cela dépendait de chaque chef de bataillon, mais, en règle générale, ils se mirent sur huit rangs".

  

   À la fin de la Guerres du Péloponnèse, la structure a évolué, à la fois pour remédier à la pénurie de main-d'œuvre et pour créer un système plus souple qui permettait d'envoyer des petits détachements sur la campagne ou en garnisons en dehors de leur patrie. Pour Xénophon qui, tout comme Thucydide, était un officier combattant, à cette époque il n'y avait que 2 enōmotiai (ou énomoties), mais de 36 hommes, pour 1 pentēkostys (ou pentécostyes) et 2 pentēkostys pour 1 lochoi (ou loches ou lochos) et 4 lochoi pour un mora (ou more) "régiment" soit 576 hommes qui était commandé par un Polémarque et 6 moras formaient une armée en campagne, à laquelle s'ajoutaient les Skiritai (Habitant de la Skiritide) et les contingents d'États alliés.

                        

   Au combat les Rois étaient accompagnées par un groupe de 300 hommes de la garde royale, qui étaient appelés hippeis "cavaliers". En dépit de leur titre, les Rois sont comme tous les hoplites dans l'infanterie Spartiates. En effet, les Spartiates ne vont pas utiliser de cavalerie jusqu'à la fin de la Guerres du Péloponnèse où de petites unités de 60 cavaliers vont être attachées à chaque mora. L'hippeis appartenait à la première mora et l'élite de l'armée Spartiate, déployée sur le côté droit de la ligne de bataille. Les hippeis étaient sélectionnés chaque année par un fonctionnaire spécialement accrédité, l'hippagretai, parmi les hommes qui avaient plusieurs fils, de sorte que sa lignée se poursuive. Ce sont des hippeis qui accompagnaient le Roi Leonidas (490-480) dans son célèbre dernier combat de la Bataille des Thermopyles. Comme les autres États Grecs, l'infanterie de l'armée Spartiate, avait une tactique dans la lutte basée sur la formation en phalange. Les Spartiates eux-mêmes n'ont pas introduit de changements importants ou d'innovations en matière de tactique guerrière, mais leur constante ténacité et la discipline leurs ont permis de faire de superbes phalanges beaucoup plus cohérentes et efficaces. Les Spartiates employaient la phalange dans le style classique, en une seule ligne, de manière uniforme avec une profondeur de 8 à 12 hommes.

    

 

Vêtements et armement 

 

  Les Spartiates utilisaient le même type d'équipement pour leurs hoplites que leurs autres voisins Grec : Bouclier rond, casque souvent représenté portant une crête transversale de crin, cuirasse, lance, xiphos (Courte épée de 30 cm environ servant d'arme secondaire) et cnémides (Éléments de protection des tibias). Les seules caractéristiques distinctives Spartiates étaient leurs tuniques (chiton) et manteau court de couleur pourpre (himation). Les cheveux longs, que les Spartiates conservaient étaient commun à la plupart des Grecs. Pour les Spartiates cela représentait le symbole d'un homme libre. Une autre caractéristique très connue des hoplites Spartiates était le symbole, adopté en 420 av.J.C, la lettre lambda (Λ), peinte sur le bouclier, pour Laconie ou Lacédémone. Il semble que chaque cité avait adopté son propre signe.

 

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Reconstitution d'une phalange Spartiate

 

   Il est souvent contesté, par quelques spécialistes, une armure de torse qu'auraient portée les Spartiates au cours des Guerres Médiques contre les Perses. Cependant cela semble très probable, qu'ils utilisaient des cuirasses de bronze sculptées du type linothorax. Au cours de la fin du Ve siècle av.J.C, quand la guerre est devenue plus souple et à grande échelle et que les affrontements de phalanges sont devenus rares, les Grecs ont abandonné la plupart des formes d'armure. Le Lacédémoniens a adopté une nouvelle tunique, l'exōmis, qui était aménagée de telle façon que les bras à la hauteur de l'épaule soient plus libres d'action dans le combat. Les Spartiates ont conservé la phalange hoplite traditionnelle jusqu'aux réformes de Cléomènes III (235-222) lorsqu'il a rééquipé l'armée avec la sarisse Macédonienne et reformé la phalange dans le même style. 

    

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Trirème - Mosaïque au Musée du Bardo - Tunis

 

 La Marine

 
  
Les Spartiates ont été une armée de terre par excellence. Au cours des Guerres Médiques contre les Perses, ils ont toutefois constitué une petite marine de 20 trirèmes, mais ils se reposaient pour la guerre navale en grande partie sur leurs alliés, principalement les Corinthiens. Ce fait signifie que, lorsqu'éclata la Guerre du Péloponnèse (431-404), les Spartiates eurent de suite la suprématie sur terre, alors que les Athéniens avaient la maitrise des mers. Les Spartiates vont ravager l'Attique, mais les Athéniens vont réussir à se maintenir grâce aux ravitaillements par la mer et vont pouvoir pratiquer leurs propres raids autour du Péloponnèse avec leur marine. Ces faits vont pousser Sparte à la création, avec l'or Perse, d'une marine de guerre afin de contenir Athènes. Le Spartiate Lysandre en est nommé Navarque (Commandant). Il va écraser la flotte Athénienne à Aigos Potamos en septembre 405. La même année le Roi Agis II (426-398) met le siège devant Athènes. La prédominance Athénienne en mer Égée est rompue. La suprématie Spartiate sur mer sera cependant de courte durée et ne va pas survivre à la Guerre de Corinthe.

   En 394 une bataille à Cnide, sur les côtes de Carie au bord du golf Céramique, oppose les flottes Perse et Spartiate. Ces derniers sont battus et perdent 50 navires marquant la fin de la brève suprématie navale. Le coup de grâce sera donné 20 ans plus tard, lors de la bataille de Naxos en 376. Une petite flotte sera mise sur pieds périodiquement par la suite, mais son efficacité restera limitée, la dernière renaissance de la puissance navale Spartiate se fera sous le Tyran Nabis (207-192) qui, avec l'aide de ses alliés Crétois créé une flotte pour contrôler les côtes de Laconie.  

   

Les hoplites

 

   L’hoplite (En Grec : Hoplitês ou Oπλίτης / hoplítês, hóplon "arme") est un soldat lourdement armé, par opposition au gymnète qui est un fantassin léger. Les hoplites constituent l'infanterie lourde des cités Grecques antiques. Ils combattaient en phalange, formation qui se répandit dans toute la Grèce, probablement de 700 à 650. Cette datation traditionnelle se fonde sur un passage de "la Politique" d'Aristote (Philosophe Grec, 384-322) évoquant le remplacement des combattants à cheval par la phalange hoplitique. Ce qui est certain c'est que des évolutions ont eu lieu à cette époque dans l'armement. La cuirasse a été modifiée, le bouclier s'est vu adjoindre une seconde courroie, permettant une meilleure prise.

 

   On assiste aussi à l'incorporation de non nobles dans les hoplites et l'entraînement régulier requis pour pouvoir effectuer des manœuvres en formation donne à la classe moyenne un sens de cohésion qui eut d'importantes conséquences politiques : Les Hippeis (cavaliers) de la garde royale vont perdre leur prestige et les hoplites vont réclamer un rôle plus grand dans le gouvernement. Puisque cette classe sociale participera à la défense de la cité, elle aura logiquement la parole lorsqu'il s'agira de partir en guerre. Les hoplites accèdent également à d'autres domaines de la vie politique dans les cités démocratiques. L'équipement des hoplites, qui avoisine les 35 kg, comprenait : Bouclier rond, casque souvent représenté portant une crête transversale de crin, cuirasse qui se répandit jusqu'en Étrurie et à Rome vers la fin du VIIe siècle, lance, xiphos (Courte épée de 30 cm environ servant d'arme secondaire) et cnémides (Éléments de protection des tibias). Presque tous les hommes célèbres de la Grèce antique, dont les philosophes et les dramaturges, ont combattu comme hoplites. Les plus connus sont les hoplites Spartiates, qui ont été formés au combat et à l'art de la guerre dès l'enfance. Cette formation ajoutée à une très grande discipline ont donné aux hoplites Spartiates une incontestable suprématie pendant des siècles.

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Buste d'un hoplite casqué -

Musée archéologique de Sparte.

 

  

 

 

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