Phénicie · port, royaume et sanctuaires

Sidon, grande cité phénicienne

Sous la ville actuelle de Saïda, sur la côte libanaise, les fouilles révèlent une occupation continue depuis l’âge du Bronze. Port ouverte sur la Méditerranée, capitale d’un royaume phénicien puis cité des empires, Sidon fut un carrefour de commerce, de pouvoirs et de traditions artistiques.

Évocation de la côte et des monuments du Levant antique

Le nom antique de Sidon recouvre plusieurs réalités : une agglomération littorale, un port, un territoire agricole et un royaume dont l’influence varia selon les périodes. Les textes égyptiens, assyriens, babyloniens, perses, grecs et phéniciens éclairent son histoire, mais l’archéologie urbaine reste indispensable, car la ville moderne recouvre une grande partie des niveaux anciens.

Une ville sous la ville

Du Bronze ancien à l’époque romaine

Le « College site », fouillé au cœur de Saïda avec l’autorisation de la Direction générale des Antiquités du Liban, donne accès à une séquence exceptionnelle. Les recherches menées depuis 1998 ont mis au jour des bâtiments, des zones de stockage, des sépultures et des objets qui documentent plusieurs millénaires d’occupation.

Les niveaux du IIIe et du IIe millénaire av. J.-C. montrent que Sidon n’apparaît pas soudainement avec les cités phéniciennes de l’âge du Fer. Elle s’inscrit dans une longue histoire urbaine du littoral levantin. La superposition des constructions permet de suivre les transformations de l’habitat, des pratiques funéraires, des échanges et de l’alimentation.

Réseaux méditerranéens

Un port entre Levant et Égypte

Sidon appartient au groupe des grandes cités de la côte phénicienne, avec Byblos, Tyr et Arwad. Leur puissance ne forma jamais un empire unifié : chaque cité conserva ses institutions, ses dynasties et ses intérêts. La mer reliait ces ports à Chypre, à l’Égée et à l’Égypte, tandis que les routes terrestres ouvraient vers l’arrière-pays syrien.

Le bois du Liban, l’huile, le vin, les productions artisanales et les ressources liées au murex participaient à ces échanges. Les objets découverts à Sidon témoignent aussi des circulations en sens inverse : formes égyptiennes, céramiques importées, scarabées et répertoires artistiques furent adaptés localement plutôt que simplement copiés.

Royaume et empires

De l’âge du Fer à la domination perse

Au Ier millénaire av. J.-C., les rois de Sidon gouvernent une cité prospère, mais doivent composer avec les grandes puissances du Proche-Orient. Les souverains assyriens puis babyloniens imposent tributs et fidélités. À l’époque achéménide, la flotte et les ports phéniciens jouent un rôle important pour l’Empire perse.

Les inscriptions royales des Ve et IVe siècles av. J.-C. donnent une voix directe aux dynasties sidoniennes. Elles montrent des rois bâtisseurs, liés aux cultes d’Astarté, d’Eshmoun et du Baal de Sidon. Les rapports avec le pouvoir perse sont à la fois politiques et territoriaux : l’inscription d’Eshmounazor II attribue au « Seigneur des rois » l’octroi de Dor et de Jaffa au royaume.

Religion et guérison

Le sanctuaire d’Eshmoun

À Bostan ech-Cheikh, près du fleuve Awali, le sanctuaire d’Eshmoun constitue l’un des grands ensembles religieux phéniciens conservés au Liban. Eshmoun, dieu tutélaire de Sidon, fut associé à la guérison et au renouvellement de la vie. La présence d’une source explique en partie le choix du lieu.

Le sanctuaire fut développé par plusieurs souverains, notamment Eshmounazor II et Bodashtart, puis transformé aux périodes hellénistique et romaine. Architecture monumentale, inscriptions, bassins et offrandes permettent d’observer la durée des pratiques cultuelles et les réinterprétations successives du dieu, plus tard rapproché d’Asclépios.

Nécropoles royales

Le sarcophage d’Eshmounazor II

Découvert en 1855 dans une nécropole de Sidon, le sarcophage d’Eshmounazor II est une œuvre majeure de l’époque achéménide. Sa forme et sa pierre renvoient à l’Égypte, tandis que la longue inscription gravée sur le couvercle est phénicienne. Cette combinaison illustre la capacité des élites sidoniennes à intégrer des traditions étrangères dans une identité royale propre.

Le texte nomme la mère du roi, Amoashtart, prêtresse d’Astarté, et rappelle les constructions religieuses de la dynastie. Il protège aussi la tombe par une série de malédictions contre quiconque déplacerait le corps. Conservée au Louvre, l’inscription demeure une source essentielle pour la langue phénicienne, la géographie du royaume et l’idéologie de ses souverains.

Après Alexandre

Une cité toujours active

Sidon se rend à Alexandre en 333 av. J.-C. et entre dans le monde hellénistique. Les institutions et les cultes locaux ne disparaissent pas pour autant. Monnaies, inscriptions, sarcophages et architecture montrent plutôt une nouvelle phase de contacts entre traditions phéniciennes, grecques puis romaines.

Sous Rome, la ville conserve son rôle portuaire et s’insère dans les réseaux de la province de Syrie. Les périodes byzantine, médiévale et ottomane ont à leur tour remodelé le tissu urbain. Cette continuité explique à la fois la richesse de Sidon et la difficulté des recherches : chaque fenêtre ouverte dans la ville actuelle traverse plusieurs histoires superposées.